L’amphithéâtre A de l’Institut national de formation des agents de santé (INFAS) de Man a servi de cadre, le vendredi 13 mars, à la célébration de la Journée internationale des droits des femmes. Placée sous le thème « Égalité, justice et dignité : renforcer l’engagement de l’INFAS dans la lutte contre les violences à caractère sexuel », cette rencontre a réuni étudiants, enseignants, autorités administratives, guides religieux et professionnels du droit autour d’un objectif commun : sensibiliser la communauté éducative et renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes.

La cérémonie a également été marquée par un moment de reconnaissance. Dix-neuf femmes ont été distinguées pour leur engagement et leur dynamisme dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Les récipiendaires provenaient de différents corps de l’institution : enseignantes, membres du personnel administratif et de soutien, mais aussi étudiantes. À travers ces distinctions, l’INFAS a voulu magnifier le rôle déterminant que jouent les femmes dans la promotion de la dignité humaine et la défense des droits fondamentaux.
Au cœur de la célébration figurait une conférence animée par la magistrate Odjas Marie-Ange épouse Sadia, du tribunal de première instance de Man, consacrée aux violences à caractère sexuel et à leur encadrement juridique. Dans son exposé, elle a rappelé que ces violences regroupent « l’ensemble des comportements, gestes ou paroles à connotation sexuelle imposés à autrui sans son consentement et portant atteinte à sa dignité ou à son intégrité physique ou psychologique ». Elle a cité notamment le viol, les attouchements, le harcèlement sexuel, les baisers forcés ou encore la diffusion d’images intimes sans consentement.
La magistrate a expliqué que le Code pénal ivoirien de 2019 a considérablement renforcé la répression de ces infractions. Elle a notamment évoqué la définition claire du viol, désormais reconnue comme tout acte de pénétration imposé sans consentement, y compris lorsqu’il est commis sur un mineur de moins de 15 ans ou même entre époux en cas de contrainte ou de violence. Elle a également détaillé les dispositions relatives au harcèlement sexuel, qui sanctionnent toute personne subordonnant l’octroi d’un service, d’un emploi ou d’un avantage à des faveurs sexuelles.
Au-delà de l’arsenal juridique, la conférencière a insisté sur les mécanismes de prise en charge mis en place par l’État ivoirien. Ceux-ci reposent sur plusieurs axes : la prise en charge médicale par les professionnels de santé, l’accompagnement psychosocial par les ONG et psychologues, l’assistance juridique par les cliniques juridiques et, enfin, l’appui socio-économique pour aider les victimes à se reconstruire. Elle a également rappelé l’existence du numéro vert 1108, destiné à dénoncer les violences basées sur le genre.
Prenant la parole au nom des étudiants, Boba Bohoussou Josiane, étudiante en licence 2 option sage-femme, a livré un témoignage poignant. Se présentant comme « la voix des sans-voix », elle a dénoncé les violences physiques, psychologiques et sexuelles dont sont victimes de nombreuses femmes, tout en rappelant que la souffrance n’a pas de genre. « La douleur n’a pas de sexe, la peur n’a pas de genre et la violence n’a pas de préférence », a-t-elle affirmé, appelant ses camarades à briser le silence face aux abus et au harcèlement.

Dans son intervention, la porte-parole des étudiants a également mis en garde contre certaines dérives dans le milieu scolaire, notamment lorsque l’autorité est utilisée pour exercer des pressions ou obtenir des faveurs. « Quand une fille dit non, ce n’est ni un défi ni une provocation, c’est un droit », a-t-elle martelé, exhortant la communauté estudiantine à devenir des protecteurs plutôt que des complices silencieux face aux injustices.
Le chef d’antenne de l’INFAS de Man, Youeto Nahoua Sinphorien, inspecteur des soins infirmiers, a pour sa part expliqué que cette journée spéciale dédiée aux femmes de l’institution s’inscrit dans une dynamique nationale impulsée par la direction générale de l’établissement. Selon lui, cette initiative vise à magnifier les femmes mais aussi à renforcer l’écoute et la protection face aux violences à caractère sexuel.
Il a révélé que l’INFAS a mis en place, dans toutes ses antennes en Côte d’Ivoire, des points focaux chargés d’écouter et d’accompagner les victimes. « Beaucoup de femmes se taisent par peur. Notre rôle est de les encourager à parler, car le silence tue », a-t-il souligné, précisant que ces structures permettent d’orienter les victimes vers des solutions adaptées, qu’il s’agisse de conseils, de médiation ou d’accompagnement judiciaire.
La célébration a également été enrichie par un panel interreligieux animé par le révérend père Dion Kevin Gethème et l’imam Fany de la mosquée de Grand Gbapleu. S’appuyant respectivement sur la Bible et le Coran, les deux guides religieux ont rappelé la valeur et la dignité de la femme dans les traditions chrétienne et musulmane. Tous deux ont insisté sur le fait que l’homme et la femme sont complémentaires et appelés à vivre dans le respect mutuel.
À travers cette célébration, l’INFAS de Man entend ainsi renforcer son engagement dans la lutte contre les violences à caractère sexuel, notamment en milieu scolaire. Pour les responsables de l’institution, la sensibilisation, la formation et la tolérance zéro face aux abus constituent désormais des priorités afin de garantir un environnement d’apprentissage respectueux et sécurisé pour tous.
KINDO Ousseny
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