La matinée du lundi 23 février 2026 n’a pas ressemblé aux autres dans la capitale du Tonkpi. À Man, plusieurs taxis communaux sont restés stationnés, moteurs éteints, laissant les usagers livrés à eux-mêmes. Devant les gares improvisées et aux principaux carrefours, l’absence des véhicules verts a rapidement perturbé la mobilité urbaine. Quelques rares taxis circulaient timidement dans les rues, mais l’activité tournait au ralenti.

Ce mouvement d’humeur des chauffeurs fait suite à une réunion tenue le mardi 17 février 2026 à la préfecture de Man. La rencontre, présidée par le secrétaire général 1, Stéphane Guiriga, a rassemblé responsables administratifs, services des transports, leaders communautaires et acteurs du secteur, notamment les syndicats de taxis et de moto-taxis. Objectif affiché : rappeler et renforcer l’application des textes réglementaires encadrant le transport routier dans la région.
Au cœur des échanges, les autorités ont annoncé un durcissement des contrôles. Il s’agira notamment de vérifier systématiquement la détention du permis de conduire, la validité des visites techniques et des assurances, ainsi que le respect du port du casque pour les conducteurs de motos. Des mesures présentées comme nécessaires pour renforcer la sécurité des usagers et réduire les accidents.
Les infractions jugées les plus graves seront particulièrement ciblées. L’alcool au volant, les cas de surcharge et certaines pratiques dangereuses figurent en tête de liste. Des contrôles inopinés dans les centres de visite technique sont également annoncés, tout comme un suivi plus rigoureux du système de points du permis de conduire. Les transporteurs spécialisés dans le gaz, les hydrocarbures et les matériaux de construction ne seront pas en marge de ces nouvelles dispositions.

Dans la foulée, la mairie de Man a, elle aussi, pris des mesures locales. Parmi celles-ci, l’interdiction des parades de motos, régulièrement dénoncées pour leur caractère risqué et perturbateur de la circulation. Une décision qui s’inscrit dans une volonté affichée d’assainir le secteur et de sécuriser davantage les voies publiques.
Mais du côté des chauffeurs, ces annonces ont été perçues avec appréhension. Selon Doumbia Anzoumana, président des syndicats de taxis de la ville, les conducteurs redoutent l’impact immédiat de ces contrôles renforcés. « Les chauffeurs ne refusent pas de se mettre en règle, mais ils demandent un délai pour pouvoir se conformer à toutes les exigences », confie-t-il. C’est dans ce contexte qu’un arrêt de travail a été observé dès les premières heures de la matinée du lundi.
Devant la grogne montante et les difficultés des populations à se déplacer, des discussions ont été engagées. Une première réunion s’est tenue dans la matinée entre les responsables des transports et les représentants des chauffeurs. Elle a été suivie d’une seconde rencontre avec le secrétaire général 1 de la préfecture, Stéphane Guiriga. Les échanges, selon les acteurs, se sont déroulés dans un climat d’écoute et de recherche de solutions.
En début d’après-midi, la situation a progressivement retrouvé son cours normal. Les taxis ont repris la route, mettant fin à plusieurs heures de paralysie partielle du transport urbain. « Nous avons décidé de reprendre le travail dans l’attente d’un consensus avec les autorités », a indiqué Doumbia Anzoumana, précisant que les discussions se poursuivront afin de définir un cadre d’application concerté des mesures annoncées.
À Man, cet épisode illustre les tensions récurrentes entre impératifs de sécurité routière et réalités socio-économiques des acteurs du transport. Entre volonté d’assainissement du secteur et préoccupations des chauffeurs, le dialogue engagé apparaît désormais comme la clé pour concilier fermeté réglementaire et accompagnement progressif des professionnels.
Kindo Ousseny
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