L’arrestation de Sékou D 18 ans, met fin à deux mois de cavale et de tension dans un quartier encore marqué par la mort tragique de Chaka Fofana au quartier CNPS de Man. Présenté par les enquêteurs comme le chef de file d’un groupe impliqué dans une attaque mortelle survenue dans la nuit du 25 décembre 2025, le jeune homme a été interpellé au camp BSO (Bataillon de sécurisation de l’Ouest) alors qu’il tentait de se faire recruter pour le service militaire.

Selon le lieutenant Diaby Ibrahima, officier à la Brigade de recherche et d’intervention (BRI), les menaces remontent au mois d’octobre 2025. « Sékou Dosso a informé ses amis qu’il allait faire du mal à Chaka Fofana, en présence du frère cadet de la victime », explique-t-il. Alertée, la famille n’aurait pas mesuré la gravité de ces propos. Le 25 décembre, vers 21h30, Sékou et ses acolytes, identifiés comme Alassane K alias Alasko et un certain Gazo, appellent Chaka pour l’inviter à se battre. Il refuse.
Le film des faits, reconstitué par les enquêteurs, s’accélère ensuite. Alors que Chaka rentre chez lui à moto avec son petit frère, le trio leur barre la route. « Ils l’invitent à se battre, il décline. Il reçoit un coup de poing et descend de la moto », relate le lieutenant Diaby. Pensant à une simple bagarre, la victime demande à son cadet de filmer la scène. « Le nommé Sékou donne l’instruction à Alasko de faire ce qu’ils avaient prévu. Alasko sort un poignard et porte plusieurs coups à la victime », poursuit l’officier, évoquant une attaque préméditée.
Blessé, Chaka parvient à fuir vers le domicile familial. Son père, Fofana Salif, ferronnier au quartier CNPS fin goudron, se souvient avec émotion : « On m’a appelé pour me dire que mon fils a été poignardé. J’ai pris ma voiture rapidement. Mon voisin l’avait déjà conduit à l’hôpital. » Les parents se croisent sur la route. « L’enfant est décédé… », lâche-t-il, la voix nouée. Pour lui, le drame est d’autant plus douloureux que son fils avait pris ses distances avec le groupe. « Quand j’ai vu leur comportement, j’ai dit à l’enfant de se retirer d’eux. Il m’a écouté, il venait au travail pour m’aider. »
Le père affirme que les menaces avaient continué malgré tout. « Chaque fois, ils le menaçaient. Beaucoup de fois, il expliquait ça à sa maman. Moi, on ne me disait rien. » Le soir du 25 décembre, après une journée de travail prolongé, ses enfants quittent l’atelier vers 21h30. Dix minutes plus tard, le coup de fil fatal retentit.

Après le crime, Sékou D prend la fuite, mais, selon la police, il continue de proférer des menaces contre d’autres jeunes du quartier. Repéré une première fois aux abords du camp BSO le 23 février 2026, il échappe aux forces de l’ordre. « Le mardi, nous n’avons pas pu l’interpeller. Le mercredi, il est revenu pour le recrutement militaire. C’est là que nous l’avons appréhendé », explique le lieutenant Diaby.
Le commissaire de police N’da Ahoussi Martin, commandant de la BRI, insiste sur la détermination de ses hommes. « Notre mission, c’est de rassurer la population. Tout crime commis ne restera pas impuni », affirme-t-il. Les charges retenues sont lourdes : « Association de malfaiteurs, assassinat, tentative de meurtre et menaces de mort. » Un complice présumé a déjà été arrêté, les autres sont activement recherchés.
Au quartier, l’émotion reste vive. Le soir du drame, des jeunes avaient envisagé des représailles. « Les autorités sont venues dire qu’il ne faut pas se rendre justice. Ils sont là pour ça », reconnaît Fofana Salif. Aujourd’hui, il dit faire confiance à la justice. De son côté, le commissaire N’da lance un appel : « Tout ce que nous demandons à la population, c’est de nous porter l’information. Nous savons ce que nous avons à faire. » L’interpellation de Sékou Dosso constitue une avancée majeure, mais pour la famille Fofana, seule la vérité judiciaire pourra apaiser une douleur encore vive.
Kindo Ousseny
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