La salle des conférences de la préfecture de Man a servi de cadre, le mercredi 25 mars, au lancement officiel de la campagne intermédiaire 2025-2026 du café-cacao. Une rencontre présidée par le secrétaire général 1, Stéphane Guiriga, représentant le préfet de la région du Tonkpi, préfet du département de Man, en présence des acteurs de la filière venus nombreux.

Dès l’entame, le SG1 a tenu à présenter ses excuses pour son retard, justifié par sa participation à une cérémonie d’hommage à un fonctionnaire décédé.
Malgré ce contretemps, Stéphane Guiriga s’est réjoui de la forte mobilisation des producteurs, coopératives et opérateurs. Pour lui, cette présence témoigne de l’importance accordée à cette campagne intermédiaire, qui intervient dans un contexte marqué par des tensions dans la filière.
« Nous sommes réunis pour examiner les mesures qui vont encadrer cette campagne. Certes, elle débute dans un climat difficile, mais le gouvernement est à pied d’œuvre pour apporter des réponses aux défis rencontrés », a-t-il assuré, appelant les acteurs à ne pas laisser ces difficultés freiner le bon déroulement des activités.
Prenant la parole, le délégué régional du Conseil café-cacao, Koné Marcel, a détaillé le contexte de cette campagne. Il a rappelé que la précédente campagne principale a été marquée par une hausse du prix bord champ à 2 800 FCFA/kg, avant une chute brutale des cours mondiaux, passés d’environ 4 500 à 1 650 FCFA/kg, soit une baisse de près de 60 %.
Face à cette situation, l’État ivoirien a réagi en mobilisant près de 280 milliards de FCFA pour racheter 123 000 tonnes de stocks invendus. « À ce jour, environ 80 % de ces stocks ont été absorbés. L’objectif est clair : aucun producteur ne sera abandonné », a insisté Koné Marcel.

Il a également évoqué l’adaptation du calendrier agricole, avec une campagne principale désormais étendue de septembre à février, et une campagne intermédiaire de mars à août. Une réforme dictée par les effets du changement climatique et les réalités sociales, notamment la nécessité pour les producteurs de disposer de revenus à temps pour la rentrée scolaire.
Autre innovation majeure annoncée : la généralisation prochaine de la carte du producteur. À partir de septembre 2026, le paiement du prix garanti se fera directement via ce dispositif, dans un souci de transparence et de traçabilité. À ce jour, près de 900 000 producteurs en sont déjà dotés.
Mais sur le terrain, les préoccupations des acteurs sont restées vives. Plusieurs producteurs et responsables de coopératives ont dénoncé le blocage dans l’enlèvement des stocks de la grande campagne, l’endettement croissant des structures, ainsi que les difficultés de commercialisation. Ils ont surtout plaidé pour l’achat des stocks restants au prix initial de 2 800 FCFA/kg avant la poursuite de la campagne intermédiaire.
En réponse, le délégué régional a reconnu la pertinence des inquiétudes, tout en appelant à la confiance. « Les deux principales préoccupations concernent les stocks invendus et le nouveau prix. Sur ce dernier point, l’État a consenti un effort important en fixant le prix à 1 200 FCFA/kg, subventionné à hauteur de 231 milliards », a-t-il précisé.
Concernant les stocks, il s’est voulu rassurant : « Le Conseil café-cacao est conscient de la situation. Les données sont enregistrées et les enlèvements se poursuivent. Faites confiance aux institutions », a-t-il insisté, tout en dénonçant certaines pratiques de sous-paiement des producteurs.
Clôturant la cérémonie, Stéphane Guiriga a salué l’esprit de responsabilité des participants. Il a reconnu que cette campagne, initialement prévue comme une fête, se déroule dans un contexte de « petite crise », appelant toutefois à la confiance et au sens républicain. « Toute économie repose sur la confiance. Gardons-la pour préserver notre filière », a-t-il exhorté.
Ainsi, entre défis conjoncturels et mesures d’adaptation, la campagne intermédiaire du café-cacao s’ouvre à Man sous le signe de la vigilance, mais aussi de l’espoir d’une filière plus résiliente.
Kindo Ousseny
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