Cacao invendu: Les coopératives du Tonkpi tirent la sonnette d’alarme

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À l’occasion du lancement de la campagne intermédiaire du café-cacao à Man, le mercredi 25 mars à la préfecture, les échanges en salle ont laissé place, en marge de la cérémonie, à des témoignages poignants. Producteurs et responsables de coopératives ont exprimé, sans détour, leurs inquiétudes face à une situation jugée critique.

Parmi eux, Traoré Maramine, président de la coopérative agricole Sinikan, n’a pas caché son désarroi. « Nous sommes venus lancer un cri de cœur », a-t-il confié, évoquant la mévente persistante des stocks de cacao entreposés dans les magasins depuis plusieurs mois.

Selon lui, malgré l’opération de rachat annoncée par les autorités, les enlèvements restent largement insuffisants. « On nous parlait d’un volume important à enlever, mais aujourd’hui, on nous annonce la fin de l’opération alors que nos stocks sont toujours là », a-t-il déploré.

Une situation d’autant plus préoccupante que ces stocks ont été acquis au prix de 2 800 FCFA le kilogramme, fixé lors de la campagne principale. « Nous avons respecté les consignes de l’État. Aujourd’hui, nous demandons simplement que ces produits soient enlevés à ce même prix », a insisté le responsable coopératif.

Sur le terrain, les conséquences sont lourdes. À l’en croire, plusieurs coopératives sont au bord de l’asphyxie financière. « Si rien n’est fait, certaines structures seront contraintes de fermer. Nous sommes au bord du gouffre », a-t-il alerté, évoquant même le risque de contentieux judiciaires.

Même son de cloche chez Dant, président de la coopérative Alliance fraternelle du Tonkpi. Il décrit une filière sous pression, où les coopératives, pourtant maillon essentiel, peinent à écouler leurs produits. « Les exportateurs refusent de prendre le cacao. Nous ne comprenons pas pourquoi », a-t-il affirmé.

Pour lui, l’équation est devenue intenable. Entre les charges élevées, les faibles marges et les stocks invendus, les coopératives ne parviennent plus à faire face à leurs engagements vis-à-vis des producteurs. « Nous supportons presque tout le poids de la filière, mais nous sommes aujourd’hui les plus exposés », a-t-il regretté.

Autre sujet de crispation : le changement du calendrier agricole et l’annonce d’un nouveau prix fixé à 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne intermédiaire. Si ce prix est globalement accepté au regard du marché international, il pose des problèmes tant que les anciens stocks restent invendus.

« Comment peut-on acheter du cacao à 1 200 FCFA alors que celui acheté à 2 800 FCFA est encore en magasin ? », s’interroge Dant. Une incohérence qui alimente la frustration des acteurs et accentue les tensions entre coopératives et producteurs.

De son côté, Tahi Antoine, délégué départemental des producteurs, appelle à une intervention urgente de l’État. Il souligne que même les stocks officiellement recensés peinent à être enlevés. « Nous demandons que cela soit fait rapidement, avant que la situation ne se détériore davantage », a-t-il plaidé.

Face à ces préoccupations, le secrétaire général 1 de la préfecture de Man, Stéphane Guiriga, a tenu à apaiser les esprits. Reconnaissant une « petite crise », il a exhorté les acteurs à maintenir la confiance envers les institutions, tout en saluant la franchise des échanges.

Dans un contexte marqué par les incertitudes du marché mondial, la filière café-cacao dans le Tonkpi apparaît plus que jamais à la croisée des chemins. Entre attentes pressantes des coopératives et engagements des autorités, l’urgence d’une réponse concrète se fait désormais sentir.

Kindo Ousseny

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