La ville de Man a été marquée le lundi 30 mars par un engagement collectif pour la sauvegarde du patrimoine mondial. Experts, gestionnaires de sites, partenaires techniques et financiers ainsi que autorités administratives et coutumières se sont réunis à l’hôtel Beau séjour, à l’occasion de l’atelier interrégional de soutien pour le retrait de biens de la liste du patrimoine mondial en péril. Une rencontre stratégique marquée par une forte mobilisation internationale et une ambition claire : sortir plusieurs sites de la Liste du patrimoine mondial en péril.

Dès l’ouverture officielle, le ton est donné. Représentant le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, le chef de cabinet Diarra Youssouf a salué la tenue de cet atelier qui, selon lui, doit permettre de « trouver des solutions pour sortir ces sites de cet état de péril ». Face aux défis multiples, il a réaffirmé l’engagement des autorités ivoiriennes à soutenir les efforts de conservation, tout en appelant à une mobilisation accrue des États et des partenaires.
Dans une atmosphère solennelle, les interventions des partenaires internationaux ont mis en lumière l’importance de la coopération. Le représentant des organes consultatifs a rappelé que ces sites jouent un rôle crucial dans la conservation de la biodiversité, la résilience climatique et le développement des communautés locales. De son côté, l’UNESCO a insisté sur la portée du mécanisme de la Liste en péril, conçu comme un levier de solidarité internationale pour mobiliser appuis techniques et financements en faveur des sites menacés.
Au-delà des discours, l’atelier s’inscrit dans une dynamique opérationnelle. Les participants ont été édifiés sur les objectifs du DSCOR, (État de conservation souhaité pour le retrait) notamment l’évaluation des progrès, l’identification des difficultés et l’élaboration de plans d’action chiffrés. La méthodologie présentée, articulée autour d’indicateurs de suivi et de mesures correctives, vise à doter les États d’outils concrets pour améliorer la gestion de leurs biens inscrits sur la Liste en péril.

Les présentations techniques ont ensuite permis de dresser un état des lieux contrasté. À Djenné, au Mali, les avancées restent limitées en raison d’un contexte sécuritaire fragile, malgré des efforts en matière de restauration et de délimitation des zones protégées. Le site conserve toutefois son intégrité, même si les actions engagées demeurent insuffisantes face aux pressions urbaines et climatiques.
À Gao, le Tombeau des Askia affiche des progrès plus encourageants. La mise en place d’un comité de gestion, les travaux de restauration et le renforcement des capacités témoignent d’une dynamique positive. L’appui des partenaires techniques a été déterminant, tout comme la volonté de valoriser davantage le site à travers des infrastructures d’accueil adaptées.
Concernant le Mont Nimba, joyau transfrontalier entre la Côte d’Ivoire et la Guinée, les avancées sont significatives. Renforcement de la surveillance, amélioration du suivi écologique, implication des communautés riveraines : autant d’actions qui traduisent une gestion de plus en plus structurée. Toutefois, les pressions liées aux activités minières et agricoles demeurent préoccupantes, appelant à une coopération renforcée entre les deux pays.

Dans les Réserves naturelles de l’Aïr et du Ténéré au Niger, les efforts de conservation portent leurs fruits avec une réduction du braconnage et une meilleure organisation de la transhumance. Mais l’immensité du site, conjuguée aux effets du changement climatique et au manque de moyens, continue de freiner les ambitions. Même constat en République démocratique du Congo, où le Parc national de Kahuzi-Biega fait face à des défis sécuritaires et à une pression humaine croissante, malgré des avancées notables dans la protection des espèces et le renforcement des capacités.
Les échanges ont permis de faire émerger plusieurs orientations stratégiques. Parmi elles, la nécessité de renforcer l’implication des communautés locales, de développer des mécanismes de financement durable et d’améliorer la production d’indicateurs fiables. Les participants ont également insisté sur l’importance de capitaliser les expériences réussies de retrait de sites de la Liste en péril afin d’en inspirer d’autres.
Au terme de cette première journée, une conviction s’impose : malgré les défis, la volonté collective est bien réelle. « Nous resterons mobilisés aux côtés des États pour apporter l’appui nécessaire », ont assuré les partenaires internationaux, réaffirmant leur engagement à accompagner ce processus exigeant mais essentiel. À Man, l’espoir d’un avenir meilleur pour ces sites d’exception semble plus que jamais à portée de main.
Kindo Ousseny
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