Man, le 16 juin 2025. La salle polyvalente de l’agence principale de l’IPS-CEGRAE de Man a servi de cadre, ce mardi, à une conférence publique de sensibilisation organisée par le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie. Face à une assistance nombreuse réunissant autorités administratives, transporteurs, distributeurs, revendeurs et représentants de la société civile, le message était clair : Man est en zone rouge, et l’heure n’est plus à la complaisance.

C’est le conseiller municipal Timité Hamed, représentant le maire Aboubakar Fofana, qui a ouvert les interventions. Saluant l’initiative du ministère, il a rappelé que le gaz butane est une « alternative pour améliorer les conditions de vie » des populations, avant d’alerter : « Sa mauvaise utilisation devient un véritable problème sécuritaire. » Un constat partagé par l’ensemble des officiels présents dans la salle.
Madame Koné Marie Rose épouse Bilé, Directrice régionale du Pétrole et de l’Énergie de Man, a planté le décor avec des chiffres édifiants. Les missions de contrôle de ses services ont permis d’identifier pas moins de huit sites de transvasement clandestin de gaz butane dans les seules communes de Man et de Danané, dont sept rien que dans la capitale des dix-huit montagnes. À cela s’ajoute une utilisation préoccupante du gaz domestique comme carburant de substitution dans les véhicules de transport urbain et interurbain. « Cette situation représente un défi majeur en matière de sécurité publique », a-t-elle déclaré, annonçant que la sensibilisation sera désormais couplée à des actions de répression.
C’est Stéphane Guiriga, Secrétaire général 1 de la préfecture représentant le Préfet de la région du Tonkpi, qui a procédé à l’ouverture officielle des travaux. Dans un discours ferme mais fraternel, il a dressé un tableau sans détour : transvasement clandestin, bouteilles utilisées comme réservoirs automobiles, stockage hors normes, autant de pratiques qui « exposent quotidiennement nos concitoyens à des risques d’incendies, d’explosions, de blessures graves et parfois de pertes en vie humaine ». Il a lancé un appel solennel : « La région du Tonkpi est malheureusement dans l’œil du cyclone. Il faudrait que la tendance s’inverse. »

La séance technique a ensuite pris le relais avec la projection d’un film de sensibilisation, suivi d’une présentation des experts de la Direction Générale des Hydrocarbures. M. Akpa Bosso Roland, chargé d’études, a illustré l’ampleur économique du problème : là où un ménage consomme en moyenne deux à trois bouteilles par mois, un taxi fonctionnant au gaz butane en dévore jusqu’à quatre-vingt-dix. Une distorsion massive qui plombe la politique de subvention de l’État et représente un manque à gagner se chiffrant en centaines de milliards de francs CFA à l’échelle nationale. Sa collègue, Mme Ezo Marina, a quant à elle détaillé les gestes qui sauvent : placer la bouteille en position verticale dans un espace aéré, fermer le robinet après chaque utilisation, ne jamais recharger dans un dépôt clandestin, et en cas de fuite, aérer immédiatement sans allumer aucune flamme.
Mme Bouagba Noël épouse Mangoua, sous-directrice de la Promotion du gaz et cheffe de la délégation du ministère, a remercié les populations pour leur mobilisation avant d’insister sur l’enjeu humain : « Cette campagne nous tient à cœur pour éviter tous les drames qui se déroulent aujourd’hui dans notre pays. Ça ne choisit pas quelqu’un. Ça tombe sur tout le monde. »
La phase d’échanges a révélé une prise de conscience réelle. Les transporteurs présents ont reconnu leurs pratiques et promis de se mettre en conformité. Commentant ces assurances, le représentant du Préfet n’a pas caché un certain scepticisme bienveillant : « Ceux qu’on va retrouver dans les rues, ce sont les récalcitrants. Mais j’ai confiance. Ça va changer. »

Parmi les participants, Mme Koudao Georgina, agent à l’OCPV, a exprimé la satisfaction générale : « Cette campagne est la bienvenue. Elle nous a permis d’identifier les méfaits de l’utilisation illicite du gaz et d’interpeller chaque acteur à prendre véritablement en compte ce message de protection des populations. »
En guise de clôture, le Secrétaire général 1 a prononcé un engagement solennel au nom du Préfet : « Tolérance zéro sera appliquée face aux pratiques frauduleuses qui mettent en danger la vie de nos concitoyens. » Dès le lendemain, une caravane de sensibilisation devait sillonner les artères de Man pour prolonger le message dans les quartiers. Les populations sont par ailleurs invitées à signaler tout acte suspect au numéro vert gratuit et anonyme 1699 du ministère.
Kindo Ousseny
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