Braquage à Man: 140 millions arrachés, la BRI frappe fort

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Man, 8 décembre 2025. Il est un peu plus de 15 heures lorsque le calme apparent de la cité des Dix-Huit Montagnes vole en éclats. Sur l’axe menant vers Teapleu, un véhicule bleu est brusquement immobilisé. Deux coups secs claquent, les pneus s’affaissent, la peur s’installe. En quelques secondes, 140 millions de francs CFA changent de mains. Le braquage est net, précis, presque cinématographique. Mais dans l’ombre, une riposte policière, plus redoutable encore, se met déjà en marche : celle de la Brigade de Recherche et d’Intervention (BRI) de Man.

L’action est fulgurante, digne d’un scénario hollywoodien. Ce lundi 8 décembre 2025, à 15h10, un véhicule bleu quitte une Banque de Man avec, à son bord, le butin de toute une année pour une coopérative agricole : 140 millions de FCFA. Soudain, une moto Apsonic noire surgit. À l’arrière, D Moussa, alias « Legros ». Il lâche une rafale de Kalachnikov dans les pneus. Le véhicule s’affaisse, le chauffeur est neutralisé. En quelques secondes, les sacs de billets changent de mains. Le gang s’évanouit dans la nature, laissant derrière lui l’odeur de la poudre et la stupeur des passants.

Mais ce que les malfaiteurs ignorent, c’est qu’en face, la machine judiciaire est déjà en marche. Sous la houlette du Commissaire de première classe N’Da Ahoussi Martin, la BRI de Man tisse sa toile. Le point de départ ? Le milieu carcéral. Une information cruciale remonte : le coup a été téléguidé par « Môkô », un cerveau résidant au Burkina Faso, qui a activé ses relais locaux. L’enquête révèle un réseau tentaculaire impliquant des logisticiens à Man, des recruteurs à Abidjan et des exécutants venus de Lakota.

Le premier domino à tomber est Z M alias Hamed. Ce commerçant de Man, sous ses airs tranquilles, était la « balise » locale. C’est lui qui a aidé à l’achat de la moto du crime et qui a observé la ville pour le gang. Son interpellation ouvre une brèche numérique. Les experts de la BRI exploitent les « flottettes », ces traces de communication téléphonique qui ne mentent jamais. Le nom d’« Ablo » apparaît alors avec insistance. La traque quitte les montagnes de l’Ouest pour la jungle urbaine d’Abidjan.

À Yopougon-Maroc, l’atmosphère est électrique. B A, alias Ablo, se sait traqué. Ancien braqueur chevronné, il reste terré dans son immeuble pendant 48 heures sans sortir, guettant le moindre bruit de moteur suspect. Mais la maîtrise de la BRI d’Abidjan, en coordination étroite avec celle de Man, finit par payer. Ablo, le recruteur qui percevait sa « commission » sur les crimes d’autrui, est menotté. Presque simultanément, à Lakota, « Legros », le tireur à la Kalachnikov, est cueilli à son domicile avec encore 5,5 millions de FCFA en sa possession.

Ce succès éclatant cache pourtant une réalité logistique précaire. La BRI de Man, dont la zone de compétence est l’une des plus vastes et accidentées de Côte d’Ivoire, réalise ces prouesses avec des moyens dérisoires. Pour traquer des criminels traversant le pays de Touba à Daoukro, ces policiers d’élite ne disposent que d’un seul et unique pick-up. Chaque intervention est un défi contre la montre et contre la mécanique, là où l’efficacité exigerait une flotte réactive et robuste.

Malgré ce dénuement, le résultat est là : en un temps record, les principaux auteurs sont sous les verrous et une partie des fonds a été restituée à la victime sur ordre du procureur de la république près le tribunal de première instance de Man. Le Commissaire N’da Ahoussi Martin est catégorique : « En matière de braquage, nous avons une spécialité ici à la BRI de Man. Ce n’est même pas la peine de venir ici pour opérer. » Cette assurance, forgée dans l’action, témoigne d’un professionnalisme qui force le respect, mais qui ne peut éternellement pallier le manque de matériel.

Aujourd’hui, un plaidoyer s’impose auprès des autorités compétentes : la BRI de Man a besoin de véhicules d’intervention. Équiper cette unité, c’est verrouiller l’Ouest montagneux contre le grand banditisme. C’est donner aux hommes du Commissaire N’Da Ahoussi les jambes nécessaires pour égaler leur vision tactique. Car si un seul véhicule a permis de démanteler ce gang des 140 millions, imaginez ce que cette brigade pourrait accomplir avec les moyens de ses ambitions.

Le rideau tombe sur cet acte, mais la traque continue pour retrouver « Karim L » et les autres complices toujours en fuite avec le reste du butin. Les suspects arrêtés ont été déférés le 26 décembre 2025 devant le parquet de Man. Ils devront répondre d’association de malfaiteurs et vol à main armée. À Man, la sécurité a un visage, celui de la BRI, mais elle attend désormais un soutien à la hauteur de son courage.

Kindo Ousseny

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