Dans la salle des réunions de la préfecture de Danané, l’atmosphère était studieuse ce mardi 30 décembre 2025. Autour des autorités administratives, des acteurs de la filière et de la presse, l’Organisation interprofessionnelle agricole café-cacao de Côte d’Ivoire (OIACC) a tenu une conférence de presse très attendue, consacrée au point partiel de la campagne de commercialisation café-cacao 2025–2026. Pour la circonstance, le vice-président de l’OIACC, Doua Blondé Obed, était entouré des responsables de la faîtière, dont l’administrateur régional du Tonkpi, Traoré Mamadou Lamine.

Cette rencontre avec les médias a été précédée d’une réunion d’échanges avec les acteurs de la filière et le corps préfectoral du département de Danané. Un cadre de dialogue voulu franc et participatif, afin de partager les réalités du terrain, recueillir les préoccupations des producteurs, des coopératives et des acheteurs, et exposer les réponses déjà engagées par les organes de régulation. Au cœur des discussions : l’évolution de la campagne en cours, les difficultés logistiques observées et les perspectives à court terme.
Dans son exposé liminaire, Doua Blondé Obed a dressé un tableau globalement satisfaisant de la campagne de commercialisation café-cacao 2025–2026, ouverte officiellement le 1er octobre 2025 par le Président de la République, Alassane Ouattara. Après trois mois, a-t-il indiqué, la campagne se caractérise par une forte disponibilité du produit et une mobilisation soutenue des acteurs. Elle implique aujourd’hui 2 500 sociétés coopératives, 81 acheteurs agréés, 65 usiniers, ainsi que 113 exportateurs et transformateurs, sous la supervision permanente du Conseil du Café-Cacao.
Les chiffres avancés traduisent cette dynamique. À la date du 21 décembre 2025, les arrivages cumulés de cacao dépassent ceux des deux précédentes campagnes à la même période. En moyenne, 450 camions, soit près de 17 000 tonnes de cacao, sont déchargés chaque jour dans les ports d’Abidjan et de San Pedro. Une performance enregistrée dans un contexte international pourtant marqué par la volatilité des marchés et la flambée des prix.
Toutefois, le vice-président de l’OIACC n’a pas éludé les difficultés. Les lenteurs observées en début de campagne, notamment dans le paiement aux producteurs, s’expliquent selon lui par des tensions de trésorerie et la mise en place tardive de certains financements. « Le cacao coûte cher aujourd’hui et les banques peinent à suivre le rythme du financement des business plans des coopératives », a-t-il reconnu, tout en assurant que des solutions concertées sont en cours avec le Conseil du Café-Cacao et l’État de Côte d’Ivoire.

Face à ces contraintes, plusieurs mesures correctives ont été activées. Il s’agit notamment d’un mécanisme d’assistance au déchargement, du renforcement des contrôles sur le terrain, de la régulation des flux de transport vers les usines et de concertations accrues avec les Ports autonomes d’Abidjan et de San Pedro. Parallèlement, des échanges sont engagés avec le secteur bancaire afin d’améliorer la disponibilité des liquidités et de fluidifier la commercialisation intérieure.
Interrogé sur les cas de non-respect du prix minimum garanti bord champ et les retards de paiement signalés par certains producteurs, Doua Blondé Obed a été catégorique : « Tout cas avéré de retard ou de sous-paiement est sanctionné immédiatement. Aucune tolérance n’est accordée aux opérateurs contrevenants ». Il a ajouté que des dispositions nouvelles devraient entrer en vigueur dès le mois de janvier, afin d’orienter rapidement les coopératives disposant de stocks vers les exportateurs, pour réduire les délais de paiement.
La question sécuritaire a également occupé une place importante dans les échanges, après plusieurs cas de braquages de fonds liés aux transactions en espèces. À ce sujet, l’OIACC a rappelé l’option stratégique de réduction progressive du cash au profit des paiements électroniques, tout en encourageant les coopératives à recourir aux services sécurisés de transport de fonds pour éviter l’exposition aux risques.
« La fuite des produits vers l’extérieur maîtrisée »
Sur la problématique de la fuite des produits, le vice-président de l’OIACC s’est voulu rassurant. Selon lui, il n’y a pas de fuite du cacao ivoirien vers les pays voisins cette année. Le défi actuel réside plutôt dans la lutte contre l’entrée de produits étrangers sur le marché ivoirien, alors que les stocks nationaux sont encore disponibles. « Les efforts du régulateur ivoirien font aujourd’hui de la Côte d’Ivoire une destination attractive », a-t-il souligné.
Au terme de la conférence de presse, l’OIACC a réaffirmé son engagement à défendre le prix minimum garanti, à préserver la qualité du cacao ivoirien — dont le taux de refoulement est passé de 30 % à 4 % — et à assurer une commercialisation équitable et transparente. Elle a surtout lancé un appel au calme, à la responsabilité et à la confiance envers l’outil interprofessionnel, désormais reconnu par l’État, pour relever ensemble les défis de la filière et garantir un avenir meilleur aux producteurs ivoiriens.
Kindo Ousseny à Man
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