La salle de réunion du Conseil régional du Hambol, à Katiola, a accueilli ce mardi 28 avril 2026, dans une atmosphère de mobilisation inhabituelle, une séance de sensibilisation destinée aux chasseurs traditionnels Dozo. Venus en nombre des quatre coins de la région, ces gardiens coutumiers de la brousse étaient conviés, ce jour-là, à endosser un nouveau rôle : celui de défenseurs d’un patrimoine naturel menacé.

L’initiative est signée de l’Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR), qui a choisi de faire des Dozo les alliés stratégiques de la protection de la réserve de faune et de flore du Haut-Bandama. Une démarche volontariste qui traduit une conviction : la conservation de la nature ne peut réussir sans l’adhésion des communautés qui vivent à ses portes.
Tafiré, Dabakala, Tortiya, Niakara, les délégations se sont succédé pour rejoindre Katiola. La forte mobilisation des Dozo, confrérie traditionnelle profondément enracinée dans le monde rural ivoirien, n’a pas manqué de frapper les organisateurs. Elle traduit l’intérêt que ces hommes portent aux questions de préservation des ressources naturelles, eux dont la vie se confond depuis toujours avec la forêt et ses mystères.
La rencontre s’est tenue sous la présidence du sous-préfet de Katiola, Serge Zehi, conférant à l’événement un caractère officiel et solennel.
Face à l’assemblée des chasseurs, le lieutenant-colonel N’drin N’drin Ehié, chef secteur Haut-Bandama de l’OIPR à Katiola, a posé les termes de l’enjeu sans détour. « Le but de cette réunion, c’est d’amener les Dozo à adopter un comportement éco-citoyen. Il est important qu’ils comprennent l’importance de cette réserve afin qu’ils puissent se l’approprier et nous aider dans sa préservation », a-t-elle déclaré, visiblement satisfaite de l’affluence enregistrée.
Le message est clair : il ne s’agit pas de transformer les Dozo en auxiliaires de l’administration, mais de les convaincre que la réserve est aussi la leur, et que sa disparition serait leur perte.
C’est précisément sur cette dimension que s’est appesanti le colonel Krou Basile, chargé des mesures riveraines à la direction de zone centre de l’OIPR. Avec pédagogie, il a déroulé les bénéfices concrets d’une réserve bien préservée : création d’un microclimat favorable aux précipitations, maintien de la fertilité des sols, services écosystémiques indispensables au bien-être des populations. Autant d’arguments tangibles, ancrés dans le quotidien des communautés rurales, pour convaincre là où les discours abstraits échouent souvent.

Prenant la parole au nom de l’autorité préfectorale, le sous-préfet Serge Zehi a joint sa voix à l’appel, non sans une touche d’humour bienvenue. Il a fait remarquer que si les Dozo possèdent eux-mêmes des espaces sacrés et inviolables, la réciprocité leur commande de respecter, en retour, les zones protégées de l’État. L’espace naturel du Haut-Bandama, a-t-il rappelé avec gravité, est un bien commun, un héritage à transmettre intact aux générations futures. Il a exhorté les chasseurs à ne pas y porter atteinte et à devenir, au sein de leurs communautés, des relais actifs du message de préservation.
La réponse des représentants Dozo n’a pas tardé. Danigo Yacouba a pris la parole pour souligner la nécessité de léguer aux générations suivantes des ressources préservées. Touré Lakoune Yves, secrétaire des Dozo de Katiola, est allé plus loin, prenant l’engagement formel de faire de chaque chasseur traditionnel un ambassadeur de la sensibilisation environnementale au sein de sa communauté.
Des mots forts, qui donnent à cette rencontre une portée qui dépasse le cadre d’une simple réunion administrative.
D’une superficie de 122 162 hectares, la réserve de faune et de flore du Haut-Bandama représente l’un des poumons écologiques majeurs de la région du Hambol. Sa préservation constitue un défi de longue haleine, qui ne saurait reposer sur les seules épaules des agents de l’OIPR. En nouant cette alliance avec les Dozo, l’OIPR fait le pari d’une gouvernance participative, associant savoirs traditionnels et impératifs modernes de conservation. Un modèle qui pourrait, si l’engagement tenu ce jour est respecté, faire école bien au-delà du Hambol.
Kindo Ousseny
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