Fête du travail à Man: Les syndicats interpellent sur la vie chère et l’emploi

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Ce vendredi 1er mai 2026, la ville de Man s’est habillée de ses plus beaux atours pour accueillir la 140e édition de la Fête internationale du Travail. Dès 10 heures de la matinée, les jardins de la Préfecture ont résonné au son de la fanfare municipale, accueillant le défilé coloré des couches socioprofessionnelles de la région du Tonkpi. Secteur public, secteur privé, associations de femmes et de jeunesse : tous ont convergé vers ce haut lieu symbolique pour célébrer, revendiquer et espérer.

Cent quarante ans après la marche historique des ouvriers de Chicago, dont nombre tombèrent sous la répression lors du 1er mai 1886, la commémoration revêtait une solennité particulière. C’est dans cet esprit que Monsieur Soumahoro Loua, porte-parole de l’UGTCI, a ouvert le bal des allocutions syndicales. Au-delà des commémorations, il a porté les préoccupations concrètes des travailleurs : insécurité grandissante, prix du carburant jugé insupportable, chantiers de bitumage stoppés net après le report de la visite présidentielle, ou encore la douloureuse question du cacao. « Les premiers stocks n’ont pas pu être envoyés au port, et ces produits sont stockés dans les magasins au désarroi des planteurs », a-t-il déploré, plaidant pour le retour d’une caisse de stabilisation et la création d’unités de transformation locale. Il a également salué la carte CMU et demandé que tous les travailleurs du secteur informel rejoignent le Régime Social des Travailleurs indépendants.

Prenant la suite, Monsieur Koné Ahmed, porte-parole de la centrale syndicale Humanisme, a inscrit son intervention dans une vision à long terme. Citant John Kennedy, (« Ne négocions jamais avec nos peurs, mais n’ayons jamais peur de négocier »), il a plaidé pour la construction d’une Maison du Travailleur à Man, qu’il présente comme un outil de prévention des conflits sociaux. Il a également pointé du doigt l’application insuffisante du SMIG dans de nombreuses entreprises privées de la place, estimant que le relèvement annoncé par le Président de la République « reste et demeure encore, dans de nombreux secteurs d’activité, un simple effet d’annonce ». La signalisation routière a aussi retenu son attention : « Cela fait maintenant quatre ans que je fais ce même discours concernant les panneaux de signalisation à travers la ville de Man », a-t-il lâché avec une amertume non dissimulée.

Monsieur Guéi Patrice, porte-parole de la FESACI, a quant à lui brossé un tableau nuancé de l’économie ivoirienne. Si la Côte d’Ivoire affiche une croissance enviable aux yeux des marchés financiers, a-t-il soutenu, la qualité de vie des populations se détériore. Loyers étouffants, inflation sur les produits de première nécessité, libertés syndicales piétinées par des mutations arbitraires et des licenciements de représentants du personnel : le délégué régional de la FESACI a appelé au respect des conventions 87 et 98 de l’OIT. Il a aussi demandé la libéralisation du secteur de l’eau et de l’électricité afin de mettre fin au monopole de la CIE, et a plaidé pour une prime d’incitation aux enseignants ainsi que pour la régularisation des salaires suspendus lors des grèves de 2019, 2020 et 2024.

Le Directeur Régional du Travail, Monsieur Gonzreu Kapeu, a apporté une dimension institutionnelle à la cérémonie en présentant les données statistiques de son service pour la période du 1er mai 2025 au 30 avril 2026 : 78 travailleurs concernés par le chômage technique dans deux entreprises, 233 licenciements économiques dans quatre structures, et 103 dossiers de licenciements individuels traités. Il a salué l’ouverture de l’agence CNPS de Man en juillet dernier, longtemps réclamée lors de chaque édition de la Fête du Travail, et a fermement averti les employeurs récalcitrants : « Tout refus de respecter les dispositions du Code du Travail sera considéré comme une infraction passible d’amende civile. »

C’est le Secrétaire Général de la Préfecture, Monsieur Stéphane Guiriga, représentant le Préfet de la région du Tonkpi, qui a clos les allocutions officielles. Son discours, empreint d’un équilibre entre reconnaissance et appel à la mobilisation, a mis en lumière les avancées sociales de la région : 973 000 personnes enrôlées à la CMU, soit 70 % de la population régionale, 48 653 bénéficiaires des filets sociaux, et 31 464 travailleurs indépendants inscrits au régime social depuis juillet dernier. Tout en reconnaissant les défis persistants (chômage des jeunes diplômés, insuffisance d’unités de transformation, pression environnementale) il a appelé à une mobilisation collective de tous les acteurs. « Le Tonkpi, riche de ses potentialités humaines et naturelles, doit s’inscrire résolument dans cette dynamique », a-t-il déclaré.

La 140e fête du Travail à Man aura tenu ses promesses : celle d’un espace de vérité, où les silences du quotidien trouvent enfin une tribune. Reste désormais à savoir si les doléances formulées ce jour sous les jardins de la Préfecture trouveront écho au-delà de cette journée symbolique.

Kindo Ousseny

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