Man/ Mise en place d’un marché de gros : Des femmes en conflit avec la mairie

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La mise en place d’un marché de gros à l’entrée de la ville de Man après le lycée municipal Jacquet Florent  oppose la présidente régionale du vivrier du Tonkpi, Tia Philomène épouse Glao et ses membres à la mairie de Man. Le vendredi 12 décembre dernier, elle a convié la presse pour présenter le site litigieux qui d’ailleurs est sa propriété privée, et ce en présence d’environ un millier de personnes mobilisée pour la circonstance.  

Cette situation conflictuelle qui oppose madame Glao, la femme modèle du Tonkpi, fait suite à la volonté de cette dernière de créer un marché de gros sur un site de 2,5 hectares  situé près d’un collège privé non loin du lycée municipal. Mais il se trouve que les autorités municipales n’approuvent pas la mise en place d’un marché sur le site en question. « Nous étions sur le site de « cacasport », appartenant au ministère des sports. Hors ce site est insalubre et la mairie y déverse toutes les ordures de la ville. Nous avons donc décidé d’aller sur ce site qui est ma propriété que je mets gratuitement  à la disposition des femmes pour pouvoir exercer leur commerce », a-t-elle indiqué.

Mais il se trouve que la mairie n’approuve pas ce projet. Alors que selon Tia Philomène, le maire avant d’être élu avec le soutien des femmes qu’elle encadre avait promis un site sur un espace public pour ces femmes. Une promesse qui d’après elle n’a jamais été tenue. « Pour ne pas avoir honte devant mes membres j’ai décidé d’octroyer ce site gracieusement aux femmes. J’ai invité le maire qui m’a dit que le site est bon mais il souhaite que je le lui vende. Et là j’ai dit non parce que je ne fais pas ce don pour de l’argent. Et le maire m’a dit aussi que je ne peux pas construire un marché sur un site privé. Je dis que je l’offre gratuitement aux femmes. Je suis femmes modèle et c’est de mon devoir d’aider mes sœurs. Le maire me propose un autre site à sept kilomètres de Man et toutes mes femmes trouvent que c’est trop loin qu’elles ne peuvent pas aller à sept kilomètres pour vendre ou faire le marché », relève-t-elle. Tia Philomène a aussi souligné que la mairie a obstrué le site « cacasport » avec de gros tas de terre et les femmes ne sachant où aller se sont rendues chez le roi Gué Pascal pour exposer le problème. Ce dernier a appelé le maire qui selon Tia Philomène a donné son accord pour que les femmes partent vendre sur le nouveau site. « Mais quand nous sommes allées travailler, le maire a envoyé la garde municipale pour nous brutaliser, et ramasser toute notre banane d’une valeur de trois millions. Le lendemain, ils sont venus saisir 350 autres sacs de bananes. Aujourd’hui nous ne savons plus que faire face à cette situation. Même le préfet de la région du Tonkpi, préfet du département de Man est intervenu mais le maire ne veut pas accepter pour nous laisser travailler », se désole-t-elle.

La présidente  des coopératives du vivrier du Tonkpi a finalement décidé de saisir les plus hautes autorités du pays afin qu’une solution soit trouvée dans le respect des droits des femmes de Man. « Notre souhait, est que le président de la république, notre papa Alassane Ouattara, la première dame, maman Dominique Ouattara et notre grand frère Vagondo Diomandé nous viennent en aide. Qu’ils nous aident à reprendre nos activités. Nous voulons apporter notre contribution au développement de notre région, au développement de notre pays. Ces femmes ont pris des prêts à la COOPEC et je suis leur avale. Il faut qu’elles travaillent pour rembourser la Coopec au risque de subir des poursuites judiciaires », a-t-elle conclu.

La secrétaire générale de la coopérative du vivrier de Man,  Poté Sory Jeanne soutient que cette situation de conflit a occasionné une perte chez les femmes du vivrier estimée à 73 millions de francs et ce suite aux saisies des marchandises périssables des femmes par la mairie. « Si notre région n’a pas connu de violence c’est parce que nous travaillons beaucoup pour bien nous occuper de nos enfants et leur donner une bonne éducation. Mais si nous nous retrouvons dans une situation d’extrême pauvreté ça ne sera pas bon pour nous et nos enfants. C’est pourquoi nous plaidons pour que le maire nous laisse travailler  sur ce site qui appartient à notre présidente qu’elle nous offre gratuitement. Ici nous respirons de l’air pur contrairement à « cacasport » qui est très sale », souligne-t-elle. Aussi a-t-elle réaffirmé le  refus d’aller sur le site de Kpangouin2 qui pour elle est trop loin de la ville.

La réaction du maire ne s’est pas fait attendre.

Joint au téléphone, la réaction du maire qui se trouve hors de la ville ne s’est pas fait attendre. Pour lui, ce projet de marché de gros n’a obéit à aucune demande adressée à la mairie. En plus, l’espace est situé dans un quartier résidentiel. «Le site en question jouxte une école. Qui d’ailleurs est venue se plaindre chez moi. Il n’est pas possible de construire un marché de gros sur ce site. Le site n’est pas adéquat pour abriter un marché. Les populations riveraines ne vont pas l’accepter. Mais deuxièmement la mairie est en train de construire un marché de gros sur le site de Kpangouin 2, les travaux sont en cours et dans deux mois, le site sera livré», a assuré le maire Aboubakar Fofana. Il s’interroge pourquoi elles veulent faire un marché de gros au moment où la maire a déjà pris des initiatives dans ce sens. Aboubakar Fofana qui est lui-même un pur fruit du secteur privé dit est favorable à toute initiative privée. Mais, le maire a signifié que pour ce qui concerne Madame Glao, elle n’a jamais adressé de courrier pour demander l’autorisation de construire un marché.  « Nous attendons tout de même sa demande pour lui signifier qu’un marché de gros ne saurait être installé sur ce site », a signifié le premier magistrat de la commune de Man.  « De toutes les façons je lui ai adressé un courrier pour lui signifier de mettre fin à cette activité », a-t-il relevé. Réagissant aux allégations selon lesquelles les agents de la police municipale auraient agressé les femmes sur le site et la  prétendue volonté du maire Fofana d’acheter le site en question, le maire  y a apporté un démenti. « Nos agents n’ont molesté aucune femmes. Elles se sont déshabillées elles-mêmes devant les agents. Ils ne les ont pas touchés. Les vidéos existent pour le prouver. Nos agents ont juste mis fin à une activité illégale en demandant aux chauffeurs des gros camions stationnés sur le site de quitter les lieux. Pour ce qui est de l’achat du terrain en question ce n’est pas vrai. Le site que la mairie a voulu acheter avec madame Glao pour en faire la nouvelle gare routière est l’ancien site  de « Unicafé ». Là encore nous  ne nous sommes pas entendus sur le prix. Elle voulait vendre ce site de 7 hectares à 300 millions et nous avons proposé 150 millions. C’est d’ailleurs sur ce site qu’est installée provisoirement l’entreprise chargée des travaux de bitumage de la voirie urbaine », a clarifié le maire de la commune de Man. Il précise par ailleurs qu’il n’a aucun problème particulier avec dame Tia Philomène. Mais déplore l’intoxication dont il fait l’objet. Le premier magistrat de la commune de Man a d’ailleurs indiqué que les travaux de construction du marché de gros de Man se font en même temps que ceux de la nouvelle gare routière de l’axe Facobly. Aussi, a-t-il assuré que toutes les dispositions sont prises pour garantir la sécurité de ceux qui vont exercer sur ce nouveau site.

Kindo Ousseny à Man

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