Danané, le 21 octobre 2026. Au cœur de la Réserve naturelle intégrale du Mont Nimba (RNIMN), les données scientifiques affinent la connaissance de la biodiversité et orientent les actions de conservation. Environ 16 200 crapauds vivipares, 20 espèces fauniques recensées et la présence confirmée du micropotamogale de Lamotte : tels sont quelques-uns des résultats majeurs de la cinquième phase du suivi écologique, réalisée en 2025. Ces données ont été examinées et validées, le mercredi 21 octobre 2026 à Danané, au cours d’un atelier organisé par l’Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR), à travers sa Direction de zone Ouest (DZO), dans le cadre du projet MAKORE.

Présidés par le colonel Agnimel Charles, représentant le Directeur général de l’OIPR, les travaux ont réuni des spécialistes et des universitaires autour de l’analyse des résultats des inventaires fauniques, des méthodes utilisées et des recommandations formulées. À l’ouverture, le colonel Zannou Moïse, Directeur de zone Ouest, a souligné l’importance stratégique de cet exercice. Le suivi écologique, a-t-il rappelé, « permet d’évaluer l’état de conservation de la réserve et de disposer de données fiables pour orienter sa gestion, tout en contribuant aux efforts visant son retrait de la Liste du patrimoine mondial en péril de l’UNESCO ».
Présentant les résultats de cette cinquième phase, le lieutenant-colonel Beda Ange Alex, chargé du système d’information géographique (SIG) et du suivi écologique, a mis en évidence plusieurs observations significatives. Outre les 20 espèces fauniques recensées, l’estimation d’environ 16 200 crapauds vivipares constitue un indicateur important pour le suivi de cette espèce. La présence du micropotamogale de Lamotte a également été confirmée. En revanche, la baisse des indices de présence du chimpanzé suscite des interrogations et appelle à des investigations complémentaires pour mieux comprendre l’évolution de cette espèce emblématique.
Au-delà de ces résultats, les échanges ont porté sur la fiabilité des données et la pertinence des méthodes d’inventaire. Le Lieutenant colonel Agnimel Charles a insisté sur la nécessité de disposer d’un rapport scientifiquement rigoureux, capable d’éclairer les décisions de gestion. Les participants ont, par ailleurs, relevé une diminution des pressions anthropiques, notamment du braconnage. Une évolution encourageante qui devra néanmoins être confirmée par les prochains suivis afin d’en apprécier la portée et d’adapter les mesures de surveillance.

Pour consolider les connaissances acquises, plusieurs recommandations ont été formulées. Les experts préconisent notamment une étude spécifique sur Hyperolius nimbae, une espèce endémique du Mont Nimba présentant un enjeu majeur de conservation, ainsi que l’installation de placeaux permanents pour assurer un suivi plus rigoureux des populations de crapauds vivipares. Une étude approfondie du chimpanzé, portant sur son régime alimentaire, ses déplacements et la structure de sa population, est également jugée nécessaire. Concernant le micropotamogale de Lamotte, une méthodologie adaptée à son écologie devra permettre de mieux localiser les sites prioritaires pour sa conservation.
La dimension transfrontalière constitue un autre axe majeur des recommandations. Les participants ont préconisé un renforcement de la coopération avec les pays voisins afin d’harmoniser les méthodes de suivi du chimpanzé et de partager les données relatives à sa répartition et à ses déplacements. Le croisement des informations issues des activités de surveillance et du suivi écologique devrait également contribuer à mieux confirmer et cartographier la présence de cette espèce dans la réserve.
À l’issue des travaux, le colonel Zannou Moïse a salué l’engagement des participants et la qualité des contributions apportées. Le rapport a été validé sous réserve de l’intégration des amendements formulés. Cette validation constitue une étape importante pour améliorer la gestion adaptative de la réserve et orienter les prochaines interventions de conservation.
Au Mont Nimba, l’enjeu reste de transformer les connaissances scientifiques en actions concrètes sur le terrain. Pour l’OIPR et ses partenaires, la poursuite des recherches, le renforcement de la surveillance et la coopération transfrontalière demeurent essentiels pour préserver ce patrimoine naturel exceptionnel et soutenir les efforts visant son retrait de la Liste du patrimoine mondial en péril.
Kindo Ousseny
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