Man/ Filière café cacao : La guerre au trafic est déclarée

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À Man, le ton est donné pour la campagne café-cacao 2026-2027. Réunis le mercredi 30 septembre 2026 à l’Hôtel Amoitrin, producteurs, responsables de sociétés coopératives, acheteurs, autorités administratives et représentants du Conseil du Café-Cacao ont passé en revue les nouvelles dispositions de la campagne. Au cœur des échanges : la traçabilité, le respect des prix garantis, la lutte contre le trafic transfrontalier et la responsabilité collective des acteurs. Les responsables de la filière entendent faire de cette mobilisation un véritable rempart contre la fuite du cacao et du café vers les pays voisins.

Ouvrant la rencontre, le préfet de la région du Tonkpi, préfet du département de Man, Lanssina Fofana, a rappelé le poids stratégique de ces deux spéculations dans l’économie locale. « Nous sommes dans une zone où le café-cacao occupe une place prépondérante dans l’économie de notre pays », a-t-il souligné, insistant sur les revenus qu’elles procurent aux familles et sur leur contribution au développement des territoires. Selon lui, chaque maillon de la chaîne doit désormais « veiller au strict respect des règles qui encadrent la commercialisation ».

Mais derrière la commercialisation se profile une autre bataille : celle contre le trafic. Dans l’Ouest montagneux, la proximité des frontières est une préoccupation constante. Le délégué régional du Conseil du Café-Cacao, Marcel Koné, a appelé les acteurs à passer du simple constat à l’action. « Tout ce que nous vous demandons, c’est de dénoncer tout mouvement atypique que vous constaterez dans vos zones. De grâce, donnez-nous des informations exploitables », a-t-il lancé. Il a surtout insisté sur la rapidité : « Nous n’avons pas besoin d’informations a posteriori… Donnez-nous des informations en temps réel », afin que les autorités et les forces de défense et de sécurité puissent intervenir à temps.

Face à cette menace, le Conseil du Café-Cacao mise fortement sur le Système national de traçabilité et la carte du producteur. Pour Kakou Dadié Arsène, directeur chargé des délégations régionales et de la commercialisation intérieure, c’est l’un des changements majeurs de la campagne. « L’une des principales innovations, c’est l’entrée en vigueur du système national de traçabilité avec la carte du producteur », a-t-il expliqué. Le dispositif permet d’identifier les producteurs, de cartographier les parcelles et de connaître l’origine du produit, à l’approche de l’entrée en vigueur du règlement européen contre les produits issus de la déforestation.

Autre assurance donnée aux producteurs : la sécurisation des paiements et le respect du prix garanti. Selon Kakou Dadié Arsène, plus de 10 000 tonnes de cacao ont déjà été commercialisées via le système de traçabilité. « Grâce à la traçabilité, les prix garantis sont respectés, puisqu’elle consacre un paiement digital à travers la carte du producteur », a-t-il indiqué. Pour la campagne 2026-2027, le prix garanti est fixé à 1 200 FCFA le kilogramme pour le cacao bien fermenté, bien séché et bien trié, et à 1 200 FCFA le kilogramme pour le café bien séché, bien décortiqué et bien trié. « Personne ne devrait négocier l’achat des produits aux mains d’un producteur en dessous de ces prix », a martelé le directeur.

La lutte contre le trafic a aussi trouvé un écho favorable auprès des organisations de producteurs et des coopératives. Plusieurs acteurs, dont Fidèle Tiendrebeogo, délégué régional de l’UNSCAL-CI, et Dant, président de coopérative, ont réaffirmé leur engagement à combattre la sortie clandestine du café et du cacao vers les pays voisins. Les participants ont également rejeté toute perspective de grève dans la filière et appelé à l’unité entre les différents acteurs, en écho à l’appel à la responsabilité collective lancé durant la rencontre.

La cérémonie s’est achevée sur une note de reconnaissance, avec la distinction de producteurs et de responsables de coopératives jugés performants. Ouattara Karim, producteur à Biankouma, et Traoré Bakary, PCA de la société coopérative agricole SOCAMEA, ont été récompensés. Les lauréats ont reçu des diplômes, des produits phytosanitaires pour plusieurs hectares, des serpettes, du matériel végétal, des tricycles et des récompenses financières. Pour Traoré Bakary, cette distinction est un encouragement à poursuivre les efforts engagés pour améliorer la production et les performances de sa coopérative.

Au terme des échanges, le préfet Lanssina Fofana a réaffirmé l’engagement de l’administration aux côtés des acteurs. « Nous serons intraitables sur ces questions », a-t-il assuré à propos de la lutte contre le trafic, avant d’appeler chacun à respecter les dispositions de la nouvelle campagne. À Man, le message est clair : préserver le café et le cacao ne relève plus de la seule responsabilité du régulateur. Producteurs, coopératives, acheteurs, autorités et forces de sécurité sont tous appelés à jouer leur partition. Car, comme l’a résumé Marcel Koné, « ensemble, nous devrons lutter contre ce fléau ».

Kindo Ousseny

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