Man: Les familles s’unissent pour dire non à l’immigration clandestine

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La salle de conférence du District autonome des montagnes a abrité, le samedi 13 septembre 2025, la cérémonie de lancement du projet « « Mon fils, ma fille reste ici », une initiative de l’ONG CLICCI (Collectif pour la lutte contre l’immigration clandestine en Côte d’Ivoire). Placée sous le parrainage du ministre-gouverneur Albert Flindé, cette rencontre a rassemblé autorités, leaders communautaires, organisations de femmes et jeunes autour d’un même objectif : freiner l’exode périlleux de la jeunesse vers l’Europe.

Dès l’ouverture, Albert Flindé a donné le ton : « Mans fait partie malheureusement des villes qui produisent des candidats à l’immigration clandestine. Mais aujourd’hui, nous voulons inverser cette tendance en responsabilisant chacun. » Le ministre-gouverneur a salué la naissance de l’ONG CLICCI, portée par le juriste Flindé Kla Jean-Marie, dont l’expérience en Italie lui a permis de mesurer les souffrances vécues par les migrants. « C’est un thème pertinent, essentiel et d’actualité », a-t-il insisté.

Le président de l’ONG CLICCI, Flindé Kla Jean-Marie, a livré un témoignage personnel poignant. « J’ai résidé à Palerme, non loin de Lampedusa, l’île où l’on déverse les migrants sauvés en mer. J’ai travaillé dans des camps, j’ai vu leurs douleurs. Ce que j’ai appris, c’est que l’Europe d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui. Les jeunes doivent comprendre que l’espoir n’est pas seulement ailleurs : il est ici, chez nous, en Côte d’Ivoire », a-t-il martelé. À travers son projet, il entend placer les mères au cœur de la prévention, convaincu qu’elles peuvent devenir des actrices clés dans la lutte contre ce fléau.

L’éclairage scientifique a été apporté par le Dr Kehi Donald, enseignant-chercheur en ethnosociologie à l’Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan. Il a identifié les causes profondes : pauvreté, fascination pour le « bonheur occidentalisé » véhiculé par les réseaux sociaux et les modèles de réussite comme les footballeurs. Mais il a aussi pointé le rôle des communautés d’accueil, « Souvent, les migrants qui reviennent sont jugés, marginalisés. Cela les pousse à repartir ou à s’isoler. Il faut déconstruire ce regard malsain », a-t-il martelé.

La jeunesse, directement concernée, a répondu présente. Pour Kossonou Eric, président de la Jeune Chambre Internationale universitaire Man, cette rencontre est salutaire : « L’immigration clandestine est un fléau qui mine notre génération. Certains dépensent jusqu’à 800 000 francs CFA pour partir. Avec ce montant, on peut créer une petite entreprise rentable ici même. » Il a promis de relayer le message auprès de ses membres.

Au-delà des discours, la cérémonie a marqué le lancement officiel du projet pilote « Mon fils, ma fille reste ici ». Ce programme de six mois qui bénéficie de l’accompagnement de la Fondation KED entend sensibiliser les mères sur les dangers de l’immigration clandestine, mettre en place des comités d’alerte dans les quartiers et produire des émissions radiophoniques avec des témoignages de mères de migrants. L’objectif est clair : transformer les pleurs des familles en leviers de prévention.

Au terme de la cérémonie, le ministre-gouverneur Albert Flindé a appelé à l’engagement collectif : « L’immigration clandestine n’est pas qu’une affaire d’État ou de frontières. C’est une affaire de conscience. Ce projet dit que Man refuse de se résigner, que l’Ouest veut protéger ses enfants ». Dans une région où trop de destins se sont brisés sur les routes de l’exil, l’initiative de Man sonne comme un cri de vie : « Reste ici, ton avenir est possible. »

Kindo Ousseny

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