La cérémonie d’investiture de la coordination générale du Syndicat national agricole Vision Nouvelle de Côte d’Ivoire (SYNAVICI) pour le Grand Ouest, organisée le samedi 1er août 2026 à l’hôtel Beau Séjour de Man, s’est transformée en tribune d’interpellation sur la gouvernance de la filière café-cacao. Devant les producteurs, les responsables de coopératives et plusieurs autorités locales, le président national du SYNAVICI, Sanou Moussa, a livré un discours sans concession sur la gestion de l’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA), la crise du cacao et le rôle du collège des producteurs. Au cœur de son intervention : la gestion des 63 830 tonnes de cacao résiduel mises à la disposition du collège des producteurs par le Conseil du Café-Cacao, dont il estime que les retombées n’ont jamais profité aux planteurs.

Dès l’entame de son allocution, le leader syndical a dénoncé ce qu’il considère comme une absence de proximité entre le collège des producteurs et les planteurs. Selon lui, les producteurs rencontrés dans le Grand Ouest disent tout simplement ignorer l’existence de cette structure, pourtant censée défendre leurs intérêts. « Le collège des producteurs devrait être aux côtés des planteurs dans les moments difficiles », a-t-il déclaré, y voyant la preuve d’une gouvernance défaillante de l’OIA.
La crise de commercialisation du cacao a également occupé une place centrale dans son intervention. Sanou Moussa a insisté sur le respect du prix bord champ fixé à 2 800 FCFA le kilogramme, rappelant que tout producteur ayant vendu son cacao à ce prix, reçu à l’appui, doit percevoir intégralement cette somme. À ses yeux, le non-paiement des planteurs ou les achats effectués en dessous du tarif garanti constituent une injustice qui fragilise un peu plus des milliers de familles vivant de la cacaoculture.
Mais c’est surtout la gestion des 63 830 tonnes de cacao attribuées au collège des producteurs qui a cristallisé les critiques du président national du SYNAVICI. Ce volume, constitué d’un premier quota de 40 000 tonnes puis d’un complément de 23 830 tonnes, avait été mis à disposition de cette structure pour répondre à la crise que traversaient les producteurs. Pourtant, a-t-il soutenu, les planteurs interrogés à Man affirment n’en avoir constaté aucun effet concret sur le terrain. Il a par ailleurs évoqué l’exclusion de 614 coopératives, une situation qui, selon lui, soulève de sérieuses interrogations sur la gestion de ces quotas.
Face à ces constats, Sanou Moussa a réclamé un audit complet du collège des producteurs, qui devrait selon lui être la première structure à rendre des comptes avant que l’exercice ne soit étendu aux autres organisations syndicales et associations ayant bénéficié de quotas dans le cadre de cette opération. Un contrôle indépendant permettrait, estime-t-il, de faire toute la lumière sur l’utilisation de ces importantes quantités de cacao et, le cas échéant, de situer les responsabilités pour restaurer la confiance des producteurs.

Le président du SYNAVICI a également plaidé pour une gouvernance davantage tournée vers les préoccupations des planteurs. Il a demandé au Conseil du Café-Cacao de faciliter la délivrance des cartes de producteurs en rapprochant les services administratifs des coopératives, afin d’éviter aux producteurs de longs déplacements et des frais supplémentaires. Il a aussi sollicité une certaine souplesse dans le renouvellement des agréments des coopératives, plusieurs d’entre elles traversant une période financière difficile en raison de nombreux reçus de cacao encore impayés.
Profitant de cette cérémonie, Sanou Moussa a enfin exhorté le nouveau délégué général régional et l’ensemble des responsables du SYNAVICI à travailler en parfaite collaboration avec les autorités administratives pour lutter contre le trafic transfrontalier du café et du cacao. La préservation de la traçabilité des produits agricoles et la défense des intérêts des producteurs doivent, selon lui, demeurer des priorités pour garantir une filière plus transparente et plus performante.
À travers cette investiture, le SYNAVICI a voulu marquer son implantation dans le grand ouest. Mais l’événement aura surtout été marqué par les fortes déclarations de son président national sur la gouvernance de la filière café-cacao. En réclamant un audit du collège des producteurs et davantage de transparence dans la gestion des 63 830 tonnes de cacao résiduel, Sanou Moussa relance le débat sur la redevabilité des organisations professionnelles et sur la nécessité de replacer les producteurs au cœur des décisions qui engagent l’avenir de la principale filière agricole de la Côte d’Ivoire.
Kindo Ousseny
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