Les applaudissements ont salué l’inauguration, mais l’enjeu dépasse la cérémonie. Le samedi 17 octobre 2026, à Dohouba, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, quatre nouveaux postes de police aux frontières ont été officiellement ouverts dans le cadre du projet CIVIT. Face aux trafics illicites, à la fraude documentaire et aux migrations irrégulières, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général de corps d’armée Vagondo Diomandé, a plaidé pour une gestion rigoureuse des frontières, qui protège le territoire sans entraver la circulation régulière ni la dignité humaine. Il était entouré de l’ambassadrice d’Italie, Roberta Di Lecce, et du chef de mission de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), David Preux.

Les postes sont implantés à Dohouba (Zouan-Hounien), Péhékan-Barrage (Toulepleu), Gbeunta (Danané) et Doubasso (Tengréla). Financés par l’Italie et réalisés par l’OIM avec les autorités ivoiriennes, ils concrétisent le projet CIVIT, lancé le 22 mars 2023. Les travaux avaient démarré avec la pose de la première pierre, le 26 juin 2024 à Dohouba, en présence des ministres de l’Intérieur ivoirien et italien. « Nos frontières sont des espaces d’échanges essentiels à la vie économique et sociale de nos communautés », a rappelé le ministre Diomandé Vagondo, tout en soulignant leur exposition aux menaces transnationales.
Pour lui, tout l’enjeu est désormais de concilier sécurité et mobilité. « Notre politique de gestion des frontières doit donc concilier sécurité et facilitation de la mobilité », a-t-il insisté : laisser passer librement les voyageurs en règle, tout en se donnant les moyens de détecter et de démanteler les réseaux criminels. Aux responsables des nouveaux postes, il a fixé un cap : professionnalisme, vigilance et intégrité, fermeté face aux trafics, courtoisie envers les usagers et entretien rigoureux des équipements. Il a aussi invité les populations riveraines à voir dans la police un partenaire de leur sécurité.
Au-delà des murs, CIVIT parie sur les compétences. Selon l’OIM, 96 agents ont été formés à la gestion des frontières, à la lutte contre la fraude documentaire, à la traite des personnes et au trafic de migrants. Douze d’entre eux sont préparés à devenir formateurs pour assurer la transmission des savoirs. Quinze policiers de l’immigration ont suivi une formation spécialisée à Nettuno, en Italie, et des échanges entre experts ivoiriens et italiens ont complété le dispositif. Les postes disposent d’équipements modernes, d’espaces dédiés aux opérations migratoires, de moyens de communication et de contrôle documentaire, ainsi que de dortoirs dans trois d’entre eux. Des ouvrages hydrauliques doivent en outre profiter aux services frontaliers comme aux communautés voisines.

Pour l’ambassadrice d’Italie, cette inauguration marque une nouvelle étape de la coopération entre les deux pays. Elle a rappelé que les frontières ne sont pas seulement des lieux de contrôle, mais aussi de passage, de commerce et de relations humaines : « combattre la criminalité transnationale et faciliter la mobilité régulière doivent aller de pair ». Elle a ajouté que le partenariat ivoiro-italien dépasse la sécurité. Formation professionnelle, insertion économique et mobilité légale doivent offrir plus de perspectives aux jeunes et, ainsi, prévenir les départs irréguliers.
David Preux a salué une volonté politique transformée en résultats concrets, autour de trois piliers : infrastructures, compétences et coopération. « Une infrastructure, aussi moderne et bien équipée soit-elle, ne peut produire les résultats attendus sans les femmes et les hommes qui la font vivre », a-t-il relevé, appelant à consolider les capacités des agents au-delà de la livraison des ouvrages. Il a aussi plaidé pour une implication accrue des communautés frontalières, dont la connaissance du terrain est un atout pour prévenir les risques. À ses yeux, les riverains sont des partenaires de la stabilité des zones frontalières.
Les équipes affectées héritent donc d’une responsabilité nouvelle. Le commissaire de police de deuxième classe Fofana Lanciné dirigera le poste de Dohouba, le commissaire Brou Konan Achille celui de Gbeunta, le commissaire Fofana Aziz Doha Folo celui de Doubasso et le commissaire Palé Sié Moussa celui de Péhékan-Barrage. Le ministre leur a demandé de préserver les investissements et de se montrer exemplaires. Entretien des ouvrages, qualité de l’accueil et coordination entre services seront déterminants. Car, comme l’a souligné David Preux, la réussite de CIVIT se mesurera moins au nombre de postes construits ou d’agents formés qu’à ses effets durables sur la gestion des frontières et la sécurité des populations.
Une nouvelle phase s’ouvre à Dohouba : celle de l’usage réel de ces infrastructures et de l’évaluation de leurs résultats. Pour Vagondo Diomandé, ces postes sont d’abord des instruments au service de la souveraineté nationale et de la maîtrise des flux migratoires. L’appui financier de l’Italie et l’accompagnement technique de l’OIM ont permis de franchir une étape ; la suite dépendra de la rigueur des services, de la coopération entre pays voisins et de la confiance entre agents et riverains. L’ambition affichée : des frontières mieux gouvernées, qui protègent le territoire sans entraver les échanges légitimes, car sécurité et mobilité régulière relèvent, selon le ministre, d’une seule et même politique.
Kindo Ousseny
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