Duékoué, 23 octobre 2026. Le Parc national du Mont Péko n’a pas dit son dernier mot. Longtemps éprouvée par les pressions humaines, cette aire protégée de l’Ouest ivoirien abrite encore un patrimoine faunique précieux, comme le montrent les premiers résultats du suivi écologique de 2025.

Réunis ce vendredi 23 octobre à Duékoué, des experts de l’Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR) et des universitaires ont examiné le rapport de la première phase de ce suivi, réalisé dans le cadre du Projet d’investissement forestier (PIF2). Ils l’ont validé, sous réserve d’amendements. L’objectif de cet exercice scientifique : mieux orienter les efforts de restauration du parc.
Ouvrant les travaux, le colonel Zannou Moïse Gbédjégbédji, directeur de la Zone Ouest de l’OIPR, a insisté sur l’enjeu de ces données, très attendues des partenaires du projet de protection et de réhabilitation du Mont Péko. « Les résultats du suivi écologique sont vraiment attendus par nos partenaires », a-t-il rappelé, en souhaitant des conclusions assez rigoureuses pour ne souffrir aucune contestation. À ses yeux, ces travaux doivent aussi montrer que le parc est engagé dans une dynamique de renaissance.
Le lieutenant-colonel Beda Ange Alex, chargé du système d’information géographique (SIG) et du suivi écologique, a présenté les résultats, fondés sur trois méthodes : les transects linéaires, les marches de reconnaissance et les pièges photographiques. Au total, 211,543 kilomètres ont été parcourus, soit 79,93 % des transects prévus. Les inventaires ont permis de recenser 45 taxons fauniques : 31 mammifères, neuf oiseaux et cinq reptiles. Sept de ces espèces sont menacées selon les catégories de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

La population d’éléphants est estimée à 29 individus, avec un intervalle de confiance compris entre 12 et 48. Le chimpanzé d’Afrique de l’Ouest est lui aussi bien présent : 13 nids ont été relevés, principalement dans la partie nord-est du parc.
Pour le Dr Bohoussou Kouakou Hilaire, enseignant-chercheur à l’Université polytechnique de Man, ces résultats confirment la valeur du site. « On constate que Péko reste et demeure un site à haute valeur pour la conservation de la biodiversité en Côte d’Ivoire », a-t-il affirmé, ajoutant que le rapport servira de base de référence pour de futures recherches universitaires.
Derrière ces indicateurs encourageants, la vigilance reste de mise. Le rapport signale 58 indices d’activités illégales, signe de pressions persistantes, liées notamment aux activités agricoles et au braconnage. Les experts recommandent donc de renforcer la surveillance, de poursuivre les inventaires, de mieux caractériser les habitats fréquentés par les espèces prioritaires et d’approfondir l’analyse des données des pièges photographiques.

Le Dr Kpangui Kouassi Bruno, enseignant-chercheur à l’Université Jean Lorougnon Guédé de Daloa, a pour sa part souligné l’intérêt de rapprocher recherche et gestion. Selon lui, associer les universitaires à cet exercice permet de confronter les connaissances scientifiques aux réalités du terrain et d’améliorer les actions de conservation.
À l’issue des échanges, le rapport a été validé sous réserve de la prise en compte des observations des participants. Représentant le directeur général de l’OIPR, le colonel Agnimel Adhissi Charles, chargé d’études à la Direction technique, a salué la qualité des travaux et leur portée pour la conservation. Il a appelé à traduire les recommandations en mesures concrètes : surveillance accrue des zones sensibles, sensibilisation des communautés riveraines, protection des habitats. « Les efforts de gestion, avec l’appui de ses partenaires, portent du fruit », a-t-il relevé, tout en invitant à réduire encore la pression sur les ressources naturelles.
Au-delà de la validation d’un document technique, cette première phase du suivi écologique jette les bases d’une gestion davantage appuyée sur les données scientifiques. Pour le Mont Péko, l’enjeu est désormais de transformer ces résultats en actions mesurables, afin de protéger durablement les éléphants, les chimpanzés et les autres espèces qui y vivent. Car si les signes de résilience sont bien là, la reconquête écologique du parc dépendra de la constance de la surveillance, de la recherche et de la collaboration avec les communautés riveraines.
Kindo Ousseny
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