Reportage/ Eco-tourisme : Sur les traces des grands mammifères du parc national du Mont Sangbé

Temps de lecture : 7 minutes

Les animaux sont de retour dans le parc national du Mont Sangbé. Nous avons fait le constat, jeudi 1er février, grâce à une visite guidée organisée par l’Office ivoirien des parcs et réserves, (OIPR). Laquelle visite nous a permis de contempler la richesse faunique et floristique qu’abrite cette aire protégée.

Le parc national du mont Sangbé est situé à l’ouest de la Côte d’Ivoire et à cheval sur les régions du Tonkpi, avec le département de Biankouma, du Bafing, avec le département de Touba et du Worodougou avec le département de Séguéla, plus précisément la sous-préfecture de Sifié. Le parc couvre une superficie de 97.554 hectares. Il occupe sensiblement le massif du Mont Sangbé constitué de forêt domaniale. Ce parc occupe trois massifs que sont le Sangbé, le Kangolo et le mont Boin. Le parc porte le nom du massif montagneux le plus haut.

Ce jeudi, nous sommes partis de Man à 7h30 pour arriver à Dioman, une sous-préfecture du département de Touba dans la région du Bafing à 11h, après avoir parcouru 82 kilomètres de bitume jusqu’à Fouénan puis 18 kilomètres de pistes jusqu’à Dioman. Nous marquons une escale à la sous-préfecture pour rendre les civilités au sous-préfet Alexandre Dakoury, membre du Comité local de gestion du parc, et obtenir ses bénédictions pour poursuivre notre chemin à bord d’un cargo militaire de l’OIPR. Parlant du cargo, c’est un camion adapté avec deux long bans surmontés de dossier. La toiture métallique du camion est détachée à un endroit provoquant des bruits assourdissants toutes les fois que le camion franchi un escalier ou un nid de poule aussi minime soit-il. C’est avec ce camion que nous allons parcourir 32 kilomètres en plus pour atteindre le village de Touloh. Localité située à la périphérie du parc. Une pause de 3 minutes au pied-à-terre des agents de l’OIPR. Là, les grandes affiches du parc sont plantées et nous avons cru que c’est là que commence le parc national du Sangbé. « Non », dira notre guide, le capitaine des eaux et forêts Yaya Sinayoko, officier de l’OIPR. « Nous avons encore 6 kilomètres à parcourir pour atteindre le grand portail d’entrée du parc », précise l’officier de l’OIPR.

Nous embarquons de nouveau dans le camion militaire pour poursuivre notre chemin jusqu’à l’entrée du parc. A cet endroit, les layons sont bien tracés avec des plants de teck et de mérina. Sur ces arbres, des marques à la peinture rouge. « C’est ici la ligne de démarcation. A partir de là, aucune activité humaine n’est autorisée. On ne touche pas aux plantes, on ne tue pas les animaux, même les insectes comme les moucherons, les mouches et les abeilles sont protégés. Un serpent monte sur ton pied, tu te débarrasses de lui sans lui faire mal. On ne blesse ni les plantes, ni les animaux. A partir d’ici, vous pouvez commencer les observations, mais ce n’est pas évident que vous puissiez voir les animaux. Des chercheurs ont séjourné ici sans les avoir en visuel. Néanmoins, soyez optimistes » explique notre guide qui se veut rassurant.

Il nous autorise à faire des photos avant d’embarquer dans le cargo pour poursuivre le chemin sur l’artère principale du parc, par Touloh.

Lorsque nous étions en train de parcourir le parc, nous avons constaté des traces de feu. Au départ, nous avons cru que c’était le fait des braconniers. Non, dira notre guide. Selon lui, ce feu a été mis par les agents de l’OIPR pour faciliter la régénération végétale et surtout la reconstitution de l’aire de broutage. « Ce feu ne se met qu’après une étude minutieusement menée de sorte à protéger tous les animaux quel que soit leurs tailles. Soyez rassurés, ces traces de feu vont bien faciliter la vue des animaux, s’ils sont là », assure le capitaine Yaya Sinayoko.

Sur le chemin après environ 5 kilomètres de parcours, Doumbia Abdoulaye, membre de notre équipe lance, « Voici un animal, mais qu’il est costaud ! », tout le monde n’a pas la chance de le voir. Au moins le chauffeur et le guide qui étaient dans la cabine ont aussi vu l’animal. Ce sont eux qui nous ont défini son identité. « C’est un Cob Defassa », dit notre guide. C’est une grande antilope à poils mi-long, gris-brun foncé avec un tour de museau blancs. Deux kilomètres plus loin, au-dessus d’une colline, le camion s’arrête. Le chauffeur, un sous-officier de l’OIPR coupe le moteur et nous demande de descendre pour apprécier un troupeau de phacochères. Nous sommes descendus pour marcher sur environ 200 mètres pour nous approcher pour mieux apprécier ces phacochères avec leurs défenses placées sur leurs joues.

Quand nous nous sommes approchés, les porcs sauvages ont pris la fuite. Pendant ce temps nous entendons des bruits de déplacement d’un autre troupeau non loin de nous dans les hautes herbes. Nous observons un silence pour attendre. C’est en ce moment que nous allons avoir en visuel à environ 50 mètres un groupe d’une dizaine de phacochères. Après nous avoir entendus, ils se sont arrêtés. Nous imitons leur geste. L’un d’entre nous essaie de s’approcher pour les prendre en photo, C’est mal connaître ces porcs sauvages qui ont pris la poudre d’escampette.

Nous remontons encore dans le camion pour poursuivre notre chemin. Plus loin ce sont deux espèces de mammifères ruminants que nous allons apercevoir. Trois hippotrags, qui sont de gros mammifères de la grande famille des Bovidés. Et deux cobs de Buffon, des espèces qui ressemblent à des antilopes de grande taille avec une courte queue. « Ils sont trop rapides ces animaux. Et c’est difficile de les prendre en photo », fulmine le photographe de notre équipe.

Nous poursuivons notre chemin. A une trentaine de kilomètre de la ligne de démarcation ce sont deux gazelles appelé Guib harnaché qui tentent de traverser la piste. Lorsqu’ils nous aperçoivent, c’est la panique suivie d’une débandade dans la savane brûlée. Après avoir parcouru 32 kilomètres dans le parc, nous décidons de rebrousser chemin. Malgré les bruits assourdissants de la toiture de cargo, sans oublier le bruit du moteur, la chance va sourire aux touristes de circonstance que nous sommes. Un troupeau d’une famille de Cobs Defassa décide de traverser la piste sous nos yeux dans un endroit où le feu a déjà débarrassé la savane de hautes herbes pour nous favoriser une belle vue. À notre vue, les animaux ont adopté une vitesse d’éclair pour s’éloigner de nous. Néanmoins, nous étions bien satisfaits de ce que nous avons pu voir pendant ce bref séjour dans le parc national du Mont Sangbé. Séjours au cours duquel nous avons aperçu une forte colonie de pintades sauvages.

Selon le capitaine des eaux et forêts, Yaya Sinayoko, ce parc national abrite une faune riche, diversifiée et rare. « Ici, nous avons plusieurs espèces dont 46 espèces de grands mammifères dont le buffle, d’ailleurs-même nous avons vu des traces de sabots et des bouses de ces grands mammifères), des bubales, des Cobs Defassa, des Cobs de Buffon, des Guibs harnachés, l’antilope royale, divers Céphalophes, des primates dont le chimpanzé, le Colobe noir et blancs, le babouin le patas et le hocheur. Des carnivores dont la panthère et l’hyène tachetée. Des suidés sauvages tels que les hylochères, des potamochères et les phacochères », précise-t-il.

Notre guide a aussi souligné que le parc regorge 370 espèces d’oiseaux dont les calaos, le Picatharte de Guinée, les chouettes pêcheuses rousse et autres.

Une soixantaine d’espèces de reptiles et d’amphibiens partagent le même cadre de vie avec les animaux cités plus haut.

Aujourd’hui, avec ces observations directes des nombreuses espèces animales, le parc national du mont Sangbé offre de réelles opportunités de développement de l’éco tourisme en Côte d’ Ivoire à l’image des pays comme le Kenya.

Le capitaine Yaya Sinayoko a d’ailleurs indiqué que le conseil régional du Tonkpi est porteur d’un projet d’aménagement du parc national mont Sangbé pour les années 2024-2025. « A ce propos, nous avons identifié des sites d’observation direct des animaux qui doivent être aménagés. Ici il y a des sites où à des heures précises à des jours précis on peut observer des animaux. Un travail d’aménagement de ces sites et des pistes constituent un préalable à la valorisation de l’écotourisme dans ce parc », a-t-il souligné.

Dans cette savane arborée du parc, en plus de sa grande richesse faunique, l’on peut apercevoir des espèces végétales protégées tel que le Lingué devenu rare et le bois de veine. Dans notre parcours, nous avons aperçu quelque pied d’acajou et d’Iroko qui sont des espèces prisées chez les forestiers. Cependant, elles sont localisées au-dessus du 8ème parallèle donc strictement protégés par l’Etat de Côte d’Ivoire à travers les ministères des eaux et forêts et celui de l’environnement.

Les parties sud et ouest du parc national du Mont Sangbé que nous n’avons pas pu visiter le même jour sont plus humides. Elles renferment des îlots de forêt dense humide semi-décidue, des forêts galeries. Tandis que les parties nord et est sont marquées par les savanes boisées et arborées. Les savanes herbeuses occupent les plaines périodiquement inondées ou les espaces à sols trop superficiels.

Kindo Ousseny à Man

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