Mont Sangbé: Une visite guidée pour la protection et la valorisation

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Le 24 décembre, alors que la plupart des foyers se préparaient aux festivités de fin d’année, une autre forme de communion s’est opérée au cœur du Parc national du Mont Sangbé. Dès l’entrée dans la savane boisée, le silence s’est imposé aux visiteurs comme une règle tacite. Entre les hautes herbes jaunies par la saison sèche, seuls résonnent les bruits feutrés des pas et le froissement des feuilles sous les chaussures. Une atmosphère solennelle, presque sacrée, enveloppait cette visite guidée initiée par la Direction de zone ouest de l’Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR).

Cette immersion avait pour cible les membres du Comité de gestion locale (CGL) Sangbé. La délégation était conduite par madame Irié Lou Irié Clestine, sous-préfet de Sifié et le Directeur de la zone ouest de l’OIPR, le colonel Zannou Moïse, personnellement engagé dans cette sortie de terrain. À bord de véhicules 4×4 mis à disposition par la Direction de zone ouest, le convoi a quitté Touba peu après 7 heures du matin pour rallier le parc aux environs de 8h30, empruntant la piste centrale qui fend la savane et les bosquets clairsemés.

Le soleil, déjà bien levé, baignait la vaste étendue du parc d’une lumière crue. À la plus grande saline du Mont Sangbé, les visiteurs espéraient apercevoir les grands bovidés qui fréquentent habituellement ces lieux. Mais la nature, prudente, avait devancé l’homme. Les animaux avaient déserté la saline, sans doute alertés par le bruit des moteurs et la présence humaine. En revanche, le sol racontait leur passage : herbes couchées, traces profondes, crottes fraîches de phacochères et d’hylochères, autant de signes éloquents d’une faune bien vivante, mais discrète.

Dans ce décor silencieux, chaque détail prenait une importance particulière. Les visiteurs, attentifs, se penchaient sur les empreintes laissées par les mammifères, tandis que les écologues expliquaient leur origine. Des traces de primates, notamment de babouins, mais aussi celles de félins, ont été observées. Plus loin, sur la piste dite « ceinture », un troupeau de babouins a brièvement animé le paysage, traversant rapidement avant de disparaître dans les fourrés, rappelant la vigilance constante de la faune sauvage.

Perchés à l’arrière d’un pick-up, des écologues ont réussi à apercevoir furtivement un cob de Buffon, aussitôt englouti par les hautes herbes de la savane. Une apparition brève, mais suffisante pour susciter l’émerveillement. Ici, même l’absence devient un message : le parc vit, respire et se protège. Chaque bruit de pas, chaque feuille écrasée semblait rappeler la fragilité de cet équilibre que les agents de l’OIPR s’efforcent de préserver au quotidien.

Au sortir de la visite, madame Irié Lou Celestine, sous-préfet de Sifié, représentant le préfet de la région du Worodougou et préfet du département de Séguéla, n’a pas caché son émotion. Pour elle, cette immersion était une première. Elle a salué l’initiative du colonel Zannou Moïse et félicité ses collaborateurs. Le parcours pédestre, éprouvant, lui a permis de mesurer la difficulté du travail de surveillance et de protection du parc, mené avec courage, abnégation et passion, de jour comme de nuit.

La représentante du corps préfectoral a également soulevé les défis persistants, notamment les intrusions dans le parc. Selon elle, le renforcement des effectifs reste une priorité afin d’assurer une couverture totale du Mont Sangbé et de dissuader les malfrats. Si les grands mammifères se sont fait attendre, les primates, visibles régulièrement le long de l’axe principal du parc, témoignent néanmoins de la richesse faunique du site. « Ce n’est que partie remise », a-t-elle assuré, confiante.

Pour le colonel Zannou Moïse, cette visite s’inscrit dans une démarche plus large de valorisation du parc. Organisée à l’issue de la quatrième session du CGL et des activités socioculturelles, elle visait à faire découvrir la potentialité du Parc national du Mont Sangbé, vaste de 97 554 hectares. Si la période n’était pas idéale pour observer les grands mammifères, l’espoir demeure. À partir de 2026, avec le début de l’aménagement écotouristique dans le cadre du projet ÉCOTER, le Mont Sangbé devrait offrir de meilleures conditions d’observation, transformant ce silence habité en véritable atout pour l’écotourisme ivoirien.

Kindo Ousseny

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