La sous-préfecture de Duékoué a été le théâtre, ce samedi 18 avril, d’une journée de sensibilisation et d’incinération de stupéfiants, marquant un tournant dans la mobilisation des autorités et de la jeunesse contre le fléau de la drogue dans la région du Guémon.

La veille déjà, le ton était donné. Le vendredi 17 avril, la police antidrogue découvrait un fumoir aux allures provocantes : murs peints aux couleurs de la Jamaïque, télévision avec abonnement Canal à disposition des usagers. Pour les forces de l’ordre, il s’agissait d’un défi ouvert à l’autorité de l’État. La réponse fut immédiate : saisie des produits, arrestation des occupants, destruction des lieux. Un signal fort avant une journée encore plus symbolique. Pendant ce temps, un camion sonorisé sillonne tous les quartiers de la ville pour livrer des messages de sensibilisation.
C’est dans ce contexte tendu que s’est ouverte la cérémonie à la sous-préfecture. Elle était précédée de plusieurs opérations coup-de-poing menées depuis février 2026, au cours desquelles la Direction de la Police des Stupéfiants et Drogues (DPSD) avait démantelé des fumoirs, interpellé des dealers et saisi des médicaments de qualité inférieure. Le commissaire Thomas Gbossouna, chef d’antenne de la DPSD de Guiglo, a rappelé qu’un engagement avait été pris en février avec la jeunesse de Duékoué, une jeunesse, dit-il, « en avait marre de voir les jeunes se décimer avec les différentes drogues qui circulent. »
La salle était pleine. Chefs de quartier, présidents de jeunes, représentants des forces de défense et de sécurité, autorités administratives et élus avaient répondu présent. Le représentant du préfet, le secrétaire général de la préfecture Kouamé Ben Yeboua Serges, a salué cette mobilisation tout en formulant deux observations : la nécessité d’une plus grande représentation féminine lors des prochaines rencontres, et l’importance d’adapter le message aux réalités linguistiques locales. « Il y a des produits qu’ils appellent toffi, il y a d’autres qu’ils appellent autrement. Il faut traduire ça pour que ce soit une réalité dans leur pensée », a-t-il souligné.

La conférence de sensibilisation fut assurée par le commissaire Koné Tinnon, chef d’antenne de la DPSD de Man. Pédagogue et direct, il a décortiqué le phénomène devant un public attentif. Il a expliqué les trois grandes familles de drogues illicites : les perturbateurs comme le cannabis, qui désorganisent la perception de l’espace et du temps ; les stimulants comme la cocaïne, qui donnent une fausse impression de toute-puissance ; et les dépresseurs comme l’héroïne, qui plongent l’usager dans un état de somnolence et d’insensibilité. Il a aussi évoqué les facteurs de vulnérabilité (mauvaises fréquentations, absence de dialogue familial, curiosité mal orientée) avant d’insister sur les conséquences sanitaires, sociales et judiciaires.
Sur ce dernier point, le conférencier a rappelé les dispositions de la loi ivoirienne 2022-417 du 13 juin 2022. Si les consommateurs sont désormais considérés comme des malades et peuvent écoper de un à trois mois de prison assortis d’amendes, les trafiquants nationaux risquent de cinq à dix ans de réclusion. Pour les trafiquants internationaux, les peines peuvent atteindre vingt ans de prison et cent millions de francs d’amende. La loi prévoit également des circonstances aggravantes, notamment lorsque des mineurs sont impliqués dans les réseaux de trafic.
Point d’orgue de la journée : l’incinération publique des produits saisis depuis juillet 2025. Le commissaire Gbossouna a égrené les chiffres devant les caméras : 212,184 kg de cannabis, 47 grammes d’héroïne, 108 grammes de cocaïne, près de 750 grammes de tramadol et autres comprimés, 66 grammes de diazépam, et près de 10 tonnes de médicaments de qualité inférieure, les fameux « MQIF ». Dans les flammes, certains contenants ont explosé, ponctuant la destruction d’un bruit sourd et symbolique. « Les trafiquants et les consommateurs ne prospéreront point », a martelé le commissaire.

Les autorités ont tenu à saluer l’élan de la jeunesse de Duékoué, dont l’engagement a été qualifié d’exemplaire. « Ce que la jeunesse de Duékoué a fait va faire tâche d’huile », a déclaré le commissaire Gbossouna, révélant que la jeunesse de Guiglo avait déjà annoncé vouloir emboîter le pas. Le conseiller municipal Bama Souleymane a quant à lui prévenu que « personne ne sera épargné » parmi ceux qui continuent à vendre des médicaments illicites dans la commune.
En clôture, le secrétaire général de la préfecture a déclaré la conférence officiellement close tout en invitant la population à maintenir la pression. Les autorités ont rappelé l’existence de plusieurs centres de prise en charge des usagers de drogues en Côte d’Ivoire, de Grand-Bassam à Korhogo, pour ceux qui souhaitent se faire aider. Un message de fermeté, mais aussi d’espoir, pour une région qui entend reprendre le contrôle de son avenir.
Kindo Ousseny
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