Climat électrique à Danané: Le dossier du marché Dan embrase la mairie

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Des échanges houleux en pleine session, une polémique qui enfle sur les réseaux sociaux et des élus qui montent au créneau. À Danané, le dossier de la reconstruction du marché Dan cristallise toutes les tensions et soulève de sérieuses questions sur la gouvernance municipale. Deux conseillers municipaux ont décidé d’éclairer l’opinion publique, c’était le 30 avril dernier à Danané.

La session du conseil municipal du mercredi 29 avril restera longtemps dans les mémoires. Prévue pour examiner plusieurs points inscrits à l’ordre du jour, elle a rapidement dégénéré en affrontements verbaux entre élus, révélant un malaise profond au sein de l’assemblée communale de Danané. La situation n’a pas tardé à déborder du cadre institutionnel pour envahir la toile, alimentant rumeurs, incompréhensions et indignation au sein de la population.

C’est dans ce contexte électrique que, le jeudi 30 avril, les conseillers municipaux Bernardin Domy (liste RHDP) et Augustin Sekaleu (Nouvelle ère Danané) ont animé une conférence de presse pour, selon leurs propres mots, « éclairer l’opinion publique » sur ce qu’ils qualifient de dérives dans la gestion des projets communaux (en particulier celui du marché Dan).

Au cœur de la crise se trouve le projet de reconstruction du marché Dan. Les incompréhensions autour de ce dossier ne datent pas d’hier. Depuis plusieurs mois, des conseillers tirent la sonnette d’alarme sur les conditions d’attribution du marché et le choix de l’opérateur chargé de son exécution. Ils révèlent qu’un courrier officiel, dont ils affirment détenir copie, a été adressé à l’autorité préfectorale afin d’obtenir des clarifications sur la régularité du processus.

Mais c’est lors de la session du 29 avril que la situation a atteint son point de rupture. Inscrit au point 7 de l’ordre du jour, le dossier devait faire l’objet de débats. Or, à la grande surprise de plusieurs conseillers, les travaux étaient déjà en cours d’exécution.

« Nous avons été appelés à débattre d’un projet déjà lancé, sans validation préalable du conseil municipal », dénoncent-ils. Une situation qu’ils qualifient d’entorse grave aux principes de gouvernance locale, rappelant que tout projet d’un montant significatif doit, conformément à la loi, être examiné et entériné par le conseil avant toute exécution.

Une facture qui double, des voix qui se taisent

L’aspect financier du projet est au cœur de la polémique. Selon les conférenciers, le coût du marché aurait connu une évolution pour le moins inexplicable : initialement attribué à 700 millions de francs CFA à un premier opérateur, il aurait été réattribué à une entreprise dénommée Nimba pour un montant de 1 milliard 200 millions de francs CFA, soit une hausse de plus de 70 %.

« Deux coûts, deux opérateurs, sans explication claire au conseil », martèlent-ils, estimant que cette situation soulève de sérieuses interrogations sur la transparence du processus d’attribution.

Les élus pointent également du doigt les conditions d’exploitation du futur marché. Des loyers mensuels oscillant entre 25 000 et 400 000 francs CFA seraient imposés aux commerçants — une grille tarifaire jugée excessive, d’autant plus que le projet serait en partie financé par les ressources propres de la mairie. « Nos populations vont contribuer à la réalisation du projet et devront ensuite payer des loyers élevés pour exercer leur activité », déplorent-ils.

Sur le plan du déroulement de la session elle-même, les conseillers dénoncent un climat délétère marqué par des restrictions de prise de parole. Plusieurs d’entre eux affirment avoir été empêchés d’intervenir, voire « taxés d’opposants », ce qui n’a fait qu’amplifier les tensions et les frustrations au sein de l’assemblée.

Le maire répond : « Rien ne nous fera dévier »

Contacté à plusieurs reprises par téléphone, le maire de Danané, Lanciné Diabaté Kalifa, n’a ni décroché ni répondu aux messages. C’est finalement sur sa page Facebook que nous avons trouvé sa réaction officielle.

« Les agitations observées hier au Conseil municipal n’avaient qu’un seul objectif : nous détourner de notre vision et des priorités que nous avons définies pour Danané. Nous tenons à rassurer l’ensemble de la population : rien ne nous fera dévier de notre mission. Nous restons pleinement engagés à œuvrer pour le développement et le bien-être de notre ville. Le Conseil s’est poursuivi et s’est achevé normalement, avec l’adoption à l’unanimité de l’ensemble des points inscrits à l’ordre du jour », a-t-il déclaré.

Entre deux récits, une ville attend des réponses

Si le maire parle d’adoption à l’unanimité et de conseil achevé normalement, ses contradicteurs évoquent un vote acquis dans un climat de pression et de paroles confisquées. Entre ces deux versions, les habitants de Danané se retrouvent face à des questions que seule une transparence totale permettra de trancher : à qui a été attribué le marché et selon quelles procédures ? Pourquoi le coût a-t-il plus que doublé ? Et qui, au final, contrôle la gouvernance municipale dans cette ville ?

Le dossier du marché Dan est loin d’être clos.

Seydou Badian Doumbia

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