Du 28 au 30 avril 2026, les acteurs du secteur vivrier ivoirien se sont retrouvés à Grand-Bassam pour valider les textes qui vont refonder la commercialisation des produits alimentaires dans le pays. Une réforme structurante, portée par Bernard Kini Comoé, qui ambitionne de rompre avec des décennies de dysfonctionnements.

C’est au bord de la lagune de Grand-Bassam, loin de l’agitation d’Abidjan, que l’avenir des marchés vivriers ivoiriens s’est joué pendant trois jours. Producteurs, commerçants, représentants de l’État et experts du secteur agricole ont planché ensemble sur un ensemble de textes réglementaires appelés à transformer en profondeur la manière dont les produits vivriers sont commercialisés en Côte d’Ivoire. Un atelier national discret, mais dont les décisions pourraient résonner durablement dans les foyers, les champs et les marchés du pays.
À l’origine de cette mobilisation : le ministre délégué auprès du ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, chargé des Productions vivrières, Bernard Kini Comoé. C’est lui qui porte cette réforme, avec le soutien du ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Ibrahim Khalil Konaté. À l’ouverture des travaux, il a tenu à saluer la démarche participative qui a conduit jusqu’à cet atelier, fruit de longues consultations nationales. « Il nous faut un cadre réglementaire solide pour accompagner les investissements en cours », a-t-il insisté devant l’assemblée.
Derrière l’urgence de cette réforme se cache un paradoxe ivoirien bien connu : malgré son poids considérable dans l’économie nationale, le secteur des productions vivrières reste miné par des insuffisances structurelles. Stockage défaillant, transport aléatoire, circuits de distribution anarchiques… Les conséquences sont lourdes : des pertes post-récoltes massives et une volatilité des prix qui pénalise à la fois les producteurs et les consommateurs.

Face à ce constat, les autorités ont décidé de frapper fort. Le remède imaginé porte un nom : les marchés d’intérêt national, ou MIN. Ces nouvelles infrastructures ont vocation à réorganiser entièrement les circuits de distribution, à réduire le nombre d’intermédiaires et à garantir la qualité des produits mis sur le marché.
Le projet est concret et déjà financé. Dans le cadre du Plan National de Développement (PND 2030), et avec l’appui du Projet de Développement des Chaînes de Valeurs Vivrières soutenu par la Banque mondiale, trois marchés de gros seront prochainement construits : à Abengourou, à Abidjan et à Daloa. Trois pôles stratégiques, choisis pour leur rôle central dans les flux d’approvisionnement du pays.
Mais la construction de ces infrastructures n’aurait de sens sans un cadre juridique adapté. C’est précisément l’objet des textes soumis à validation lors de cet atelier. Ils prévoient notamment une gestion professionnalisée des nouveaux marchés, la mise en place de commissions spécialisées chargées de l’hygiène, de la discipline et de la traçabilité des produits, ainsi que l’intégration de marchés relais destinés à fluidifier l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.

Au terme de trois journées de travaux intenses, les participants ont adopté les projets de textes réglementaires. Ces derniers seront désormais transmis au Conseil des ministres pour adoption officielle, franchissant ainsi une étape décisive dans leur parcours législatif.
Cette réforme s’inscrit dans une vision plus large, celle portée par le Président de la République Alassane Ouattara : renforcer la souveraineté alimentaire de la Côte d’Ivoire et faire de l’agriculture un véritable levier de croissance économique.
Au-delà des textes et des institutions, c’est une ambition de fond qui se dessine : bâtir des marchés plus performants, au bénéfice des paysans qui produisent comme des ménages qui consomment, et rendre le système alimentaire ivoirien plus résilient face aux chocs futurs. La Côte d’Ivoire ne veut plus subir sa chaîne alimentaire. Elle entend désormais la maîtriser.
Kindo Ousseny
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