Le samedi 10 mai 2026, le Lycée Moderne Dion Robert de Man a vibré au rythme d’une journée hors du commun, célébrée dans la ferveur et l’émotion à l’occasion du soixantenaire de l’établissement. Autorités éducatives, anciens élèves, parents et élèves s’étaient réunis pour honorer à la fois l’héritage d’un fondateur visionnaire et les mérites des meilleurs élèves de l’année.

La cérémonie de distinction a été le moment le plus attendu de la matinée. Sur les 24 élèves primés, une majorité écrasante était composée de filles, signe éloquent de la montée en puissance des femmes dans le paysage scolaire de la région de Tonkpi. Une ovation spontanée a salué ce constat, symbolisant une fierté collective que plusieurs intervenants n’ont pas manqué de souligner.
La grande révélation de la journée fut sans conteste Kouakou Zoueu Estelle, élève de 5ème 1, sacrée meilleure élève du lycée avec une moyenne exceptionnelle de 18,55 sur 20. Ce qui rend son parcours encore plus remarquable : Estelle est non-voyante. Dans un discours empreint d’humilité et de gratitude, elle a dédié son prix au proviseur, qu’elle appelle affectueusement « mon papa », remerciant celui qui, malgré tout, a cru en elle alors qu’elle-même avait perdu confiance. « Lorsque je suis arrivée dans ce lycée, j’étais au plus bas niveau. Je ne croyais plus à l’excellence », a-t-elle confié, visiblement émue, avant de promettre de faire bon usage de cette récompense. Son discours a soulevé la salle, transformant un moment de palmarès en leçon de vie.
En classe de terminale, c’est Batoua Fatou Ange Marline qui s’est illustrée comme major du second cycle avec 15,78 de moyenne en Terminale A, décrochant également le titre envié de Miss Littérature. Son excellence dans les lettres a été saluée par le parrain des Miss littéraires, l’inspecteur Kokounseu Madé, dont la présence donnait à cette distinction une portée symbolique particulière.

La conférence du Professeur Dion Yodé Simplice, Vice-Président de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, a constitué le cœur intellectuel de la cérémonie. Fils du fondateur éponyme de l’établissement, il n’avait que trois ans à la mort de son père en 1974. C’est donc un hommage du cœur autant que de l’esprit qu’il a livré, s’appuyant sur deux témoignages fondateurs : celui de Maman Mousso Bamba, que Dion Robert a conduite à l’école alors qu’elle jouait dans la cour, et celui de Tia Koné, ancien président de la cour suprême, dont le parcours vers la scolarisation fut rendu possible grâce à la ruse bienveillante du fondateur. Ces récits ont dessiné le portrait d’un homme qui refusait de voir un enfant de Man grandir sans instruction.
Armé de trois paraboles percutantes, le conférencier a ensuite interpellé les élèves avec une énergie communicative. La parabole de la petite vache, qui illustre comment la dépendance à une sécurité illusoire empêche le dépassement de soi, a résonné comme un appel à rompre avec la paresse et les excuses. La parabole de l’oiseau blessé a rappelé que l’avenir de chacun repose d’abord dans ses propres mains. Et celle du jeune marin agrippé au mât, tenté par le vertige, a invité les jeunes à regarder vers le ciel plutôt que vers les obstacles terrestres. « Votre nom est Victoire », a-t-il martelé avec conviction, déclenchant une adhésion collective dans la salle.
La cérémonie a également été marquée par le passage de flambeau entre la promotion terminale 2026 et leurs cadets de Première, un moment symbolique de transmission qui incarne la continuité de l’esprit du lycée. Le parrain de la promotion terminale, Téhé Guy Michel, chef d’entreprise et ancien élève de la promotion 1998, a annoncé la mise en place de bourses annuelles de 100 000 francs pour les meilleurs élèves de terminale, et s’est engagé à accompagner durablement l’établissement dans son développement.

Dans ses mots de clôture, le proviseur Coulibaly Salif a exprimé sa reconnaissance envers l’ensemble des acteurs qui ont contribué au succès de la journée : autorités civiles et militaires, anciens élèves, parents et partenaires. Il a notamment salué le don de trois ordinateurs offerts par le commandant supérieur de la gendarmerie, symbole d’un soutien institutionnel qui dépasse les frontières du secteur éducatif.
Soixante ans après sa fondation, le Lycée Moderne Dion Robert de Man prouve qu’il n’a rien perdu de sa vocation première : former des hommes et des femmes capables de se battre, de rêver et de réussir, quels que soient les obstacles. La trajectoire d’Estelle, aveugle et première de son lycée, en est la démonstration la plus lumineuse.
La célébration s’est poursuivie dans une ambiance conviviale avec un dîner gala organisé dans un hôtel de la ville, marquant la fin de la cérémonie en beauté. Ce moment de partage a également été l’occasion de distinguer plusieurs personnalités pour leur engagement en faveur de l’éducation. Parmi les récipiendaires figuraient des anciens élèves et notamment des membres de la famille du feu ministre Dion Robert, honorés pour l’héritage et les valeurs qu’ils continuent de porter. Une clôture élégante et symbolique pour une journée dédiée à l’excellence et à l’espoir.
Kindo Ousseny
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