Au cœur de l’ouest de la Côte d’Ivoire, dans les communautés riveraines du Parc national du Mont Sangbé, quelque chose d’important vient de se produire. Entre le 30 avril et le 3 mai 2026, cinq villages (Mouroulé, Touoba, Gouané, Doh et Bonzo) ont successivement tenu leurs Assemblées Générales Constitutives pour donner naissance à leurs Associations Villageoises de Conservation et de Développement, les AVCD.

Une semaine d’actions, discrète mais lourde de sens, pour ces communautés dont le quotidien est intimement lié aux ressources d’un parc national encore sous pression.
Sous les hangars communautaires ou à l’ombre des grands arbres, chefs de village, femmes, jeunes et notables se sont rassemblés tour à tour pour un acte fondateur : se doter d’une structure légale capable de les représenter dans la gestion de leur environnement. Chaque assemblée a suivi un déroulé rigoureux, (adoption des statuts, élection des bureaux exécutifs, signature des procès-verbaux), avant de se conclure dans une atmosphère empreinte d’espoir et de détermination.
Car le contexte est grave. Braconnage, exploitation anarchique des ressources : le Parc national du Mont Sangbé, fleuron de la biodiversité ivoirienne, est menacé de toutes parts. Depuis 1995, la Côte d’Ivoire s’est engagée dans une réforme profonde de la gestion de ses aires protégées, avec l’appui de partenaires internationaux. Mais les crises socio-politiques des années 2000 ont fragilisé ces efforts. Un bilan réalisé en 2012 avec le soutien de l’AFD avait sonné l’alarme : sans action urgente, certains éléments de la biodiversité risquaient de disparaître de façon irréversible.

La mission a été conduite par le Capitaine Sinayoko Yaya, Responsable des mesures riveraines à l’Office Ivoirien des Parcs et Réserves (OIPR). Infatigable tout au long des quatre jours de terrain, il a porté un message constant : la conservation ne peut réussir sans les communautés.
Il a surtout insisté sur l’importance de l’implication communautaire dans la protection du parc. « La préservation du Parc national du Mont Sangbé ne peut être efficace sans une collaboration étroite avec les populations riveraines. Vous êtes les premiers témoins et les premiers acteurs de ce qui s’y passe. Votre engagement est déterminant pour lutter contre le braconnage et toutes les formes de dégradation », a-t-il fait savoir lors des échanges avec les communautés.
« Nous ne pouvons pas protéger ce parc depuis nos bureaux. Les populations qui vivent autour sont les premières gardiennes de ces ressources. Ces AVCD, ce sont leurs outils à eux », a-t-il déclaré lors de l’assemblée de Doh.

Et face aux interrogations de certains villageois, sceptiques quant aux bénéfices concrets, le Capitaine Sinayoko a été clair : « L’idée n’est pas d’éloigner les communautés du parc. C’est de faire en sorte que sa protection leur profite aussi à travers des activités génératrices de revenus, à travers le développement local. Conservation et bien-être, ce n’est pas contradictoire. »
Dans la même dynamique, le Lieutenant Koné Yaya, chef secteur Sangbé 1 a encouragé les nouvelles structures à jouer pleinement leur rôle : « Les AVCD doivent devenir de véritables relais entre l’OIPR et les villages. Elles doivent sensibiliser, alerter et proposer des solutions. C’est ensemble que nous réussirons à préserver ce patrimoine pour les générations futures. »
Au terme de cette semaine, le résultat est tangible : cinq AVCD légalement constituées, cinq bureaux exécutifs élus, cinq procès-verbaux signés. Femmes et jeunes ont été intégrés dans les instances dirigeantes, conformément à l’approche inclusive prônée par l’OIPR.
« Ce qui s’est passé cette semaine, c’est une étape fondatrice », a résumé le Capitaine Sinayoko à la clôture de la dernière assemblée, à Bonzo. « Ces associations vont maintenant vivre, agir, interpeller. Notre rôle est de les accompagner. »
Le Lieutenant Koné Yaya a, pour sa part, réaffirmé l’engagement des équipes de terrain à accompagner ces nouvelles dynamiques locales : « Nos équipes resteront aux côtés des communautés pour les appuyer dans la mise en œuvre de leurs actions. La réussite de ces AVCD sera aussi la réussite de la conservation dans le secteur Sangbé 1. »
Il reste désormais à transformer ces structures naissantes en acteurs durables. Le chemin est encore long, mais à Mouroulé, Touoba, Gouané, Doh et Bonzo, il vient officiellement de commencer.
Kindo Ousseny
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