C’est dans la salle de conférence de la Chambre d’agriculture de Man qu’une page importante s’est écrite, mardi 26 mai 2026. Réunis à l’initiative de l’ONG Wonsminka Logoualé, avec l’appui de l’Office ivoirien de la propriété intellectuelle (OIPI), élus, autorités administratives, chefs traditionnels, experts, producteurs et femmes transformatrices ont validé les résultats de l’étude de délimitation de l’aire géographique de l’Indication géographique protégée (IGP) « Huile rouge de Man ». Une étape décisive pour la reconnaissance officielle d’un produit qui fait la fierté du Tonkpi.

Derrière cet atelier technique se cache une réalité préoccupante : l’appellation « huile rouge de Man » est aujourd’hui utilisée de manière abusive, sans traçabilité ni contrôle, pendant que les huiles industrielles gagnent du terrain. Face à cette menace, les acteurs de la filière ont choisi la voie de la reconnaissance juridique. L’IGP apparaît comme le meilleur rempart pour protéger ce patrimoine et garantir sa valeur sur les marchés.
Pour Dion Bonka Béranger, président du conseil d’administration de l’ONG Wonsminka, l’enjeu dépasse largement le cadre commercial. « L’huile rouge de Man est le reflet d’un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération », a-t-il rappelé. Sa couleur rouge intense, son arôme singulier et sa texture caractéristique en font un produit unique, reconnu bien au-delà des frontières régionales. Obtenir l’IGP, c’est inscrire ce savoir-faire dans le droit, le protéger et lui ouvrir de nouveaux horizons économiques.

L’expert en géomatique Dizo Jacob a présenté les résultats de l’étude technique, menée dans 28 localités auprès de 396 personnes. Les données sont éloquentes : la filière mobilise entre 200 000 et 300 000 producteurs directs et représente 1,5 à 2 % du PIB national. Plus frappant encore, 97,3 % des acteurs ont hérité leur savoir-faire de plusieurs générations, et 61 % des intervenants sont des femmes. Ces chiffres disent à eux seuls l’ancrage profond de ce produit dans la vie des communautés rurales du Tonkpi.
L’étude établit que la qualité de l’huile rouge de Man tient à une combinaison rare : un relief montagneux, un climat subéquatorial humide, des sols ferrallitiques, et des pratiques artisanales transmises depuis des siècles. Le périmètre proposé pour l’IGP couvre 587 localités réparties dans 29 sous-préfectures et cinq départements. Cette délimitation servira de socle à l’élaboration du cahier des charges et à la mise en place d’un système de traçabilité fiable.

Les autorités présentes ont affiché un soutien sans réserve. Représentant le maire Aboubakar Fofana, le conseiller spécial Doukouré Ibrahima a transmis l’engagement de la commune à accompagner le processus jusqu’à son terme. « Le maire se tient à votre disposition pour prendre toute sa place afin de vous accompagner jusqu’à l’objectif final », a-t-il affirmé, soulignant la portée économique du projet pour toute la région.
Le sous-préfet de Logoualé, Koffi Kablan Mathias, représentant le préfet du Tonkpi, a quant à lui mis en avant la dimension sociale de l’initiative. « Cette filière constitue un des leviers pour nos femmes dans le monde paysan », a-t-il déclaré, avant de confirmer le soutien de l’administration préfectorale au projet.
Du côté de l’OIPI, le directeur du Label, Kouamé Kabran Alexis, a rappelé les étapes du processus de labellisation en s’appuyant sur des exemples déjà engagés en Côte d’Ivoire. Le café des montagnes, l’attiéké des lagunes, le pagne baoulé. Il a assuré les promoteurs de l’accompagnement technique et institutionnel de l’office à chaque étape de la reconnaissance.
À l’issue des échanges, les participants ont salué la rigueur scientifique de l’étude et la démarche participative qui l’a portée. L’adhésion a été unanime. Les conclusions de cet atelier devront désormais servir de base à la reconnaissance nationale de l’IGP, avant la soumission du dossier à l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI). Une perspective qui ouvre, pour les communautés productrices du Tonkpi, la voie vers une valorisation durable et une reconnaissance continentale méritée.
Kindo Ousseny
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