La lutte contre les stupéfiants prend un tournant décisif dans le département de Ouaninou. Sous l’impulsion de l’Antenne régionale de la Direction de la police des stupéfiants et des drogues (DPSD) de Man, une vaste campagne de sensibilisation a rassemblé, le jeudi 21 mai, autorités administratives, chefs traditionnels, leaders communautaires et populations autour d’un objectif commun : barrer la route au trafic et à la consommation des stupéfiants. Conduite par le Commissaire de police Koné Tinnon, chef d’antenne régional de la DPSD à Man, cette rencontre a été marquée par des échanges sincères et des appels fermes à la responsabilité collective.

Dans la cour de la chefferie, les habitants sont venus en grand nombre écouter les messages des autorités. Face aux chefs de villages et aux notabilités du Bafing, le Commissaire Koné Tinnon a expliqué le sens profond de cette mission de proximité. « La lutte contre la drogue doit être l’affaire de tous », a-t-il insisté, rappelant que les services de police ont besoin du soutien des populations et surtout du renseignement pour mener efficacement leur mission. Pour lui, cette campagne vise avant tout à faire comprendre que toutes les actions engagées par la DPSD sont menées dans l’intérêt des habitants eux-mêmes.
Le chef d’antenne régional a particulièrement souligné la position géographique sensible de la localité, située à proximité de la frontière guinéenne. Cette proximité, selon lui, expose davantage les jeunes aux réseaux de trafic illicite. Dans un ton grave et résolu, le Commissaire Koné a lancé un appel solennel aux habitants pour qu’ils « disent non à la drogue », convaincu qu’aucune activité fondée sur ce fléau ne peut prospérer durablement. « La drogue n’est pas une solution », a-t-il martelé, affirmant que seule une mobilisation communautaire réelle permettra d’endiguer le phénomène.
Le représentant du préfet du département, le sous-préfet, Max Landry Kacou, a salué le travail accompli par les éléments de la police antidrogue, qu’il considère comme des acteurs essentiels de la stabilité sociale. Devant les chefs de village, il a rappelé que les ravages de la drogue commencent le plus souvent au sein des familles avant de se propager à l’ensemble de la société. « Lorsqu’il y a des dérives dans la famille, on assiste à cette propagation du fléau », a-t-il déclaré, félicitant les forces de l’ordre pour leurs efforts constants de sensibilisation et de répression.

Dans une intervention directe, le représentant du préfet a invité les parents à reprendre pleinement leur rôle éducatif. À ses yeux, le silence complice et les protections familiales dont bénéficient parfois consommateurs ou revendeurs fragilisent davantage le tissu social. Il a averti que la phase de sensibilisation sera bientôt suivie d’une phase de répression et que la loi s’appliquera désormais avec toute sa rigueur. « Celui qu’on trouve avec la drogue ira en prison », a-t-il prévenu, dénonçant une culture du pardon systématique qui, selon lui, entrave la lutte contre ce phénomène.
Le sous-préfet a également établi un lien préoccupant entre drogue, violence et insécurité. Les affrontements à la machette observés dans certaines localités pourraient, selon lui, évoluer vers des violences armées si rien n’est fait pour enrayer les trafics. Citant l’exemple de pays gangrenés par les stupéfiants, il a illustré les dangers que représente cette économie illicite pour toute une société. « On ne peut pas développer un pays avec la drogue », a-t-il affirmé avec force, appelant les communautés à renforcer leur collaboration avec les services de sécurité.

Prenant la parole à son tour, le chef du village de Ouaninou, le chef Diomandé Gouamou, représentant du Bafing au sein de la Chambre des rois et chefs traditionnels, a reconnu avec lucidité l’ampleur du problème. « Le temps est grave », a-t-il déclaré, exprimant la honte ressentie par les familles qui ne parviennent plus à tenir leurs enfants éloignés de ces dérives. Le chef traditionnel a salué l’initiative de la police antidrogue et donné publiquement son accord aux forces de l’ordre pour agir avec fermeté contre tous ceux qui persistent dans les activités liées aux stupéfiants.
Le chef Diomandé Gouamou a surtout insisté sur la nécessité d’intervenir en amont, par l’éducation et le dialogue avec les jeunes, avant que la délinquance ne les engloutisse. Mais une fois les infractions commises, a-t-il averti, nul ne devra chercher à entraver le cours de la justice. « Celui qui n’a pas suivi le bon chemin, le bon chemin pour lui, c’est la prison », a-t-il lancé.
À travers cette campagne de sensibilisation, autorités administratives, forces de sécurité et chefs coutumiers affichent désormais une volonté commune et sans équivoque : unir leurs forces pour protéger la jeunesse et préserver la stabilité sociale dans le département de Ouaninou.
Kindo Ousseny
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