Mont Péko : Les éléphants confirment leur retour

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Le Parc national du Mont Péko confirme progressivement son retour sur le devant de la scène de la conservation. La présence de l’éléphant de forêt, espèce emblématique classée en danger critique d’extinction, y est désormais documentée par une étude inédite consacrée à sa dynamique de population. Réunis autour de l’Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR), chercheurs, universitaires, partenaires techniques et financiers ainsi que services spécialisés ont examiné et validé le 10 septembre 2026 les résultats de ces travaux lors d’un atelier tenu à Duékoué. L’enjeu : disposer de données fiables pour orienter les futures actions de gestion et de conservation de l’espèce.

À l’ouverture des travaux, le Dr Colonel Assui Wa Kassi N’Guessan Dawy, représentant le Directeur de Zone Ouest de l’OIPR, a rappelé le parcours particulier du massif. « Le Parc national du Mont Péko revient de loin », a-t-il souligné, insistant sur l’importance de l’étude pour mieux comprendre et suivre les pachydermes de l’aire protégée. Selon lui, leur présence constitue un indicateur encourageant quant à la viabilité du site. Le Colonel Ouattara Amara, représentant le Directeur général Tondossama Adama, a de son côté salué l’implication des universitaires et partenaires ayant accompagné le processus.

Menée entre mai et décembre 2025, l’étude a combiné trois approches complémentaires : transects linéaires, marches de reconnaissance et piégeage photographique. Sur les 77 kilomètres de transects prévus, 54,25 ont été effectivement parcourus soit 70,45 % de réalisation. Le dispositif photographique a généré 2 112 jours-pièges grâce à huit caméras opérationnelles sur les dix initialement déployées. Les données ont ensuite été traitées avec le logiciel Distance 8 pour les estimations de densité et d’effectif, et QGIS pour l’analyse spatiale.

Les résultats sont éloquents : 426 indices de présence (crottes, empreintes, traces alimentaires) ont été recensés. La densité est estimée à 0,097 éléphant au kilomètre carré, soit environ 29 individus (intervalle de confiance : 12 à 48), contre 15 lors de l’étude de référence de 2024. Le suivi a également permis d’identifier 33 espèces de mammifères réparties en 16 familles, dont le chimpanzé d’Afrique de l’Ouest, lui aussi classé en danger critique d’extinction par l’UICN.

La cartographie révèle une fréquentation préférentielle des secteurs central et méridional du parc, tandis que les activités illégales se concentrent plutôt au nord, nord-ouest et nord-est. Les éléphants privilégient les fourrés (53,22 % des indices) puis les forêts secondaires (35,93 %). Trente-sept indices d’activités illégales ont par ailleurs été relevés, surtout dans les plantations et forêts secondaires. Leur régime alimentaire, diversifié, combine essences forestières et cultures vivrières, (cacaoyer, manguier, anacardier, papayer, goyavier), laissant planer un risque réel de conflits avec les populations riveraines.

Cette question du conflit Homme-Éléphant a d’ailleurs occupé une place centrale dans les échanges. Une communication dédiée a dressé l’état des lieux du phénomène, examiné ses causes et ses impacts, avant d’esquisser des pistes de gestion. Les participants ont recommandé de rechercher des solutions concrètes pour atténuer ces tensions, notamment en promouvant, en zones périphériques, des cultures que les éléphants ne consomment pas, et en aménageant des couloirs écologiques pour faciliter leurs déplacements.

La validation de l’étude, obtenue par acclamation, ne marque toutefois pas la fin du travail scientifique. Elle reste conditionnée à l’intégration de plusieurs observations : amélioration de la méthodologie, renforcement du dispositif de caméras-trappes, distinction plus nette entre transects parcourus et non parcourus, enrichissement des indicateurs de suivi et affinement de la cartographie. Une mission de reconnaissance dans la zone montagneuse est également recommandée pour mieux documenter la présence des pachydermes.

En clôture, le Colonel Ouattara Amara a souligné que l’étude a permis d’estimer l’effectif des éléphants, de caractériser leurs habitats et d’identifier les menaces qui pèsent sur eux. Il a reconnu certaines difficultés, liées notamment au matériel et à des aspects méthodologiques, à l’origine des recommandations formulées pour améliorer les prochains suivis. « Si aujourd’hui nous sommes en train d’estimer la population d’éléphants, je pense que c’est déjà une bonne chose », a-t-il confié, avant de saluer l’appui des partenaires techniques, financiers et universitaires.

Au Mont Péko, le suivi des éléphants s’annonce ainsi comme un chantier scientifique appelé à se poursuivre, avec l’ambition de transformer les données recueillies en véritables outils de conservation.

Kindo Ousseny

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