Cérémonie de dédicace à l’université de Man: Le Réveil des vauriens, un cri poétique poétique pour l’éveil des consciences

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L’amphithéâtre 2 de l’Université polytechnique de Man a servi de cadre, mardi 24 février 2026, à une double cérémonie riche en symboles : la présentation des vœux du nouvel an au président de l’institution et la dédicace du recueil de poèmes « Le réveil des vauriens ». Une rencontre empreinte de solennité et d’émotion, qui s’est achevée par une rupture collective de jeûne de Ramadan sur l’esplanade de l’administration, scellant dans la convivialité un moment de haute portée intellectuelle.

Avant la dédicace proprement dite, les collaborateurs du professeur Lacina Coulibaly, président de l’université, lui ont adressé leurs vœux de santé, de longévité et de réussite dans la conduite de l’institution. Un geste de reconnaissance envers un dirigeant universitaire dont le parcours académique et scientifique force l’admiration. Titulaire d’un doctorat en sciences agronomiques et ingénierie environnementale, l’enseignant-chercheur est également auteur de plusieurs ouvrages marquants, dont Côte d’Ivoire, l’environnement est-il compromis ? (2015), deux recueils de poèmes dont La Doublure (2016) et un monologue publié en 2022, ainsi que Mémoire d’octobre 2020 pour que la Côte d’Ivoire ne vive plus jamais de violence politique (2023).

La biographie de l’auteur a été présentée par le professeur Ouattara Petamanagnan Dieudonné, premier vice-président de l’université, qui a salué « un intellectuel rigoureux, un scientifique engagé et un homme d’écriture habité par la question environnementale et sociale ». Il a retracé les grandes étapes d’un parcours où la recherche scientifique dialogue constamment avec la plume littéraire.

La présentation de l’ouvrage a été assurée par le Dr Diarrassouba Drissa, enseignant-chercheur à l’université. D’emblée, il a donné le ton : « Si je vous disais que la poésie n’est pas faite pour endormir, mais pour réveiller ». Selon lui, Le réveil des vauriens est « un cri », celui de ceux « que l’on a crus silencieux, oubliés ou marginaux, et qui soudain reprennent la parole ». Dans ce recueil de 269 pages structuré en deux grandes parties – Le réveil des vauriens (55 poèmes) et La censure (47 poèmes) – l’auteur propose 102 poèmes « savamment écrits par une personne de qualité ».

Le présentateur a insisté sur la dimension engagée de l’œuvre. « Ce recueil n’est pas une berceuse, c’est l’alarme de ceux qu’on attendait », a-t-il martelé. Derrière chaque “vaurien”, a-t-il expliqué, « se cache une liberté brute, une vérité que la société tente parfois d’étouffer ». L’ouvrage, paru le 24 juillet 2024 aux éditions Flash-Press, préfacé par le Pr Cissé Alhassane et postfacé par Dr Idriss Cissé, s’adresse « à tout Africain soucieux du bonheur de la mère des continents ».

Pour illustrer la puissance du verbe, Dr Diarrassouba a lu des extraits du poème L’Afrique vaillante (page 41), où l’auteur évoque « des défis indéfinis importés et imposés », « des esclavages et des ravages », mais aussi l’espérance d’une « Afrique gagnante qui émerge dans sa trajectoire dans une nouvelle histoire ». Des vers qui ont arraché des applaudissements nourris dans la salle.

Prenant la parole, le professeur Lacina Coulibaly a expliqué le sens du titre. « Le réveil des vauriens, nous sommes tous vauriens. Cela dépend de qui nous regarde », a-t-il affirmé, invitant à l’humilité et à la lucidité. Revenant sur un contexte international récent, il a dénoncé la tentation de regarder les autres peuples « de haut », rappelant que l’histoire et la science ont souvent été écrites par ceux qui détenaient le pouvoir. « Évitons d’écrire les histoires de l’histoire, écrivons l’histoire de l’histoire », a-t-il lancé, plaidant pour une réappropriation du récit africain.

L’auteur a également partagé son rapport à l’écriture : « Il n’y a pas de moment pour écrire. J’ai mon téléphone en main et j’écris quand une idée me passe ». Pour lui, « l’écriture, c’est la meilleure façon de parler sans presser », car elle laisse au lecteur le temps de la réflexion et de l’interprétation. Toutefois, certains ouvrages, notamment ceux consacrés à l’économie environnementale ou aux crises sociopolitiques, ont nécessité des années de maturation et d’analyse.

Les échanges avec le public, notamment des étudiants, ont enrichi la rencontre. Une étudiante en licence 1 a interrogé l’auteur sur la signification de certaines images poétiques. Fidèle à sa vision, le professeur Coulibaly a rappelé que « la richesse du poème » réside dans sa capacité à se prêter à « plusieurs interprétations ». À l’issue des discussions, place a été faite à la dédicace officielle de l’ouvrage, dans une ambiance chaleureuse.

La soirée s’est achevée par une rupture collective de jeûne sur l’esplanade de l’administration, moment de partage et de fraternité. À travers Le réveil des vauriens, le professeur Lacina Coulibaly confirme, à son cinquième livre, sa volonté de conjuguer science, conscience et poésie. Un appel vibrant à l’éveil des consciences, à la dignité et à l’unité, pour une Afrique debout dans sa propre histoire.

Kindo Ousseny

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