Danané: La DPSD intensifie la lutte contre les drogues et les faux médicaments

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Une caravane de sensibilisation et d’opérations coup-de-poing menée par l’antenne de la Direction de la Police des Drogues et des Stupéfiants de Man a tenu en haleine la ville de Danané pendant une semaine entière, du lundi 6 au samedi 11 avril 2026. Bilan : des saisies massives, des fumoirs démantelés et une incinération historique sous les yeux des autorités de la ville.

La ville de Danané, carrefour stratégique à la confluence des frontières ivoiriennes, guinéenne et libérienne, a vécu une semaine pas comme les autres. Depuis le lundi 6 avril 2026, l’antenne régionale de la Direction de la Police des Drogues et des Stupéfiants (DPSD) de Man a déployé une caravane d’envergure alliant sensibilisation populaire et opérations répressives musclées. Une initiative saluée dès le départ par les autorités locales, dont le premier adjoint au maire de Danané, M. Zran Ruphin, qui a affiché le soutien sans réserve de la municipalité à cette croisade contre les fléaux qui gangrènent la jeunesse.

Sur le terrain, les agents de la DPSD n’ont pas chômé. Des patrouilles d’envergure ont quadrillé la ville et ses villages rattachés, aboutissant au démantèlement de plusieurs fumoirs, ces repaires clandestins où se consomment drogues dures et stupéfiants en tout genre. La cerise amère sur le gâteau est venue ce samedi matin, au quartier Dioulabougou 1, non loin du petit marché : alertés de la présence des policiers antidrogue, des trafiquants avaient précipitamment vidé leurs stocks pour les entreposer dans un magasin de fortune. Peine perdue. Les agents ont mis la main sur pas moins de 5 tonnes de médicaments prohibés en une seule matinée. S’y ajoutent 25 tonnes de cannabis et des milliers de comprimés de tramadol, ce puissant analgésique détourné de son usage médical et vendu à la criée dans les rues de la commune.

Pour porter le message au-delà des seules opérations de terrain, la DPSD a misé sur une approche originale et populaire : un camion podium aux couleurs de la direction, animé par des jeunes femmes vêtues aux effigies de la DPSD, a sillonné pendant près d’une semaine quartiers et villages rattachés à la commune. Cette caravane mobile, véritable outil de proximité, a brassé toutes les couches sociales, des marchés aux écoles, des mosquées aux carrefours, semant partout le message de vigilance et de rejet de la drogue.

Le temps fort intellectuel de la semaine fut sans conteste la conférence publique tenue dans la grande salle des fêtes de la mairie, en présence des forces vives de la ville. À la tribune, le Commissaire de police Tomas Gbossouna, chef d’antenne régional de la DPSD du Guémon et du Cavally, a livré un exposé sans complaisance. « Les drogues sont toutes mauvaises, il n’y a pas de drogue qui soit bonne pour la santé. Lorsque vous êtes malade, c’est toute la société que vous rendez malade », a-t-il martelé, appelant les populations à briser la loi du silence face aux dealers qui entretiennent le mythe de leur intouchabilité.

Le Commissaire chef d’antenne de Man, compétent sur les régions du Tonkpi, du Bafing et d’une partie du Guémon, a, lui, dressé un bilan chiffré édifiant. Depuis juin 2025 à ce jour, ce sont 212 kg de cannabis, 13 tonnes et 315 kg de médicaments de qualité inférieure et falsifiés, 1,14 kg d’héroïne, 217 g de cocaïne, 12 609 comprimés de tramadol, 13 113 comprimés de diazépam et 153 tests de grossesse, des produits aphrodisiaques qui ont été saisis dans sa juridiction. Il a pointé la géographie particulière de Danané (frontalière à la fois de la Guinée et du Libéria) comme facteur aggravant, les frontières poreuses facilitant l’afflux de produits illicites via des voies détournées.

Sur le plan judiciaire, le Procureur de la République près le Tribunal de première instance de Danané, Youssouf Ouattara, a tenu à rappeler avec fermeté le cadre légal. La loi ivoirienne en matière de stupéfiants prévoit des peines allant de 10 à 20 ans d’emprisonnement, sans circonstances atténuantes, pour les trafiquants, vendeurs, transporteurs, fabricants et planteurs. Mais le magistrat a surtout mis en garde les simples citoyens : la seule détention d’une substance prohibée suffit à engager la responsabilité pénale, peu importe l’intention déclarée. Un avertissement direct aux usagers des transports en commun, parfois piégés par des trafiquants cherchant à se débarrasser de leur marchandise à l’approche des contrôles.

Le représentant du préfet du département, le sous-préfet de Séhileu Kemin Marius Niangoran, a salué le professionnalisme des forces de l’ordre tout en appelant les populations à une collaboration active. « Même si vous ne pouvez pas aller à la police, nous sommes là, nous les autorités administratives, disponibles 24 heures sur 24 », a-t-il déclaré, invitant chaque citoyen à signaler discrètement tout fait suspect, aux élus comme aux forces de sécurité.

C’est sous un soleil de plomb, à la décharge publique de Danané, que s’est écrit le point final de cette caravane historique. En présence des autorités administratives, judiciaires et politiques de la ville, plus de 13 tonnes de médicaments de qualité inférieure, de drogues et de stupéfiants ont été solennellement incinérées. Les flammes qui ont consumé ces stocks empoisonnés ont valeur de symbole fort : Danané, malgré sa position de carrefour vulnérable, refuse de se laisser submerger.

La DPSD a promis que la lutte ne s’arrêtera pas là. Les opérations continueront, les antennes régionales resteront en alerte, et la collaboration citoyenne demeure le maillon essentiel d’une chaîne encore perfectible. Car derrière chaque tonne incinérée, c’est une jeunesse que l’on tente d’arracher aux griffes d’un fléau qui, lui, ne dort jamais.

Kindo Ousseny

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